
Artiste graveuse installée à Nantes, Katell Le Gall découvre la gravure à Paris, avant de se tourner vers la linogravure. Lauréate du prix Claude Cahun, elle acquiert une presse et développe une pratique mêlant création et transmission. À travers ses gravures, notamment sa série de monstres, elle exprime sa colère face aux dérives du monde. Elle explore aussi les liens entre gravure, numérique et vidéo avec son conjoint Manu Larue. Attachée à un art populaire et accessible à tous, elle anime des ateliers auprès de publics variés. Aujourd’hui, elle souhaite développer leurs projections vidéo en Bretagne et faire découvrir ses gravures en grand format, pour donner une autre dimension à ses créations.
Qui es-tu ?
Je suis Katell Le Gall, artiste graveuse. Je travaille la linogravure, le numérique et la vidéo avec mon conjoint Manu Larue.
Comment as-tu découvert la gravure et qu’est-ce qui t’a donné envie de continuer à la pratiquer pendant toutes ces années ?
J’ai commencé la gravure quand j’avais une petite vingtaine d’années en cours du soir de la ville de Paris durant 5/6 ans.
Cette technique est à la croisée des chemins entre le dessin et la sculpture, à l’époque je travaillais mes plaques de cuivre avec la technique de l’eau-forte, soit des morsures avec de l’acide (perchlorure de fer). C’était un peu comme de la cuisine aussi, il y avait plein d’étapes pour arriver à un résultat probant ou pas, cela donnait de la structure à la création, une grande part de concret.
De tes débuts à Paris à ton installation à Nantes, comment ton parcours t’a-t-il menée vers la linogravure et fait évoluer ta pratique artistique ?
Quand je suis arrivée à Nantes de Paris je n’avais pas de presse ni de matériel pour la gravure sur métal, j’ai commencé la linogravure qui n’en nécessitait pas forcément.
J’ai brigué et obtenu le prix Claude Cahun décerné par l’espace pour les femmes Claude Cahun pour valoriser un projet, le mien concernait la création d’un atelier d’initiation à la gravure, le prix m’a permis d’acquérir une presse.

Qu’est-ce qui te plaît dans le geste de graver et dans le caractère très manuel de cette pratique ?
C’est une technique qui est encore plus proche de la sculpture et moins laborieuse et toxique que l’eau-forte et la gravure en creux.
Tu as créé une série de monstres pour exprimer ta colère et ton regard sur la société. Que représentent-ils pour toi ?
Dans l’esprit de beaucoup de croyances anciennes païennes ou du monde entier, les monstres sont là pour faire peur aux gens et les amener à s’en remettre à « dieu(x) » comme protecteur ou pour repousser le ou les esprits malins en leur faisant encore plus peur avec leurs vilaines figures.

La 2e option me correspond parfaitement, car la religion ne me rassure nullement. Ces monstres sont cathartiques, ils me libèrent des pensées que m’inspire la dérive de notre monde, j’ai aussi quitté les réseaux sociaux pour m’apaiser.
J’ai longtemps traité des sujets féministes. Cette cause m’est chère et la lutte est loin d’être terminée, mais elle est fatigante.

Tu développes aussi des interventions artistiques dans l’espace public. Qu’est-ce qui t’intéresse dans le fait de faire entrer ton travail dans des lieux du quotidien ?
En effet, par le biais d’événements, j’ai présenté non seulement mon travail mais aussi promu les techniques de gravure avec notamment des démonstrations, des ateliers auprès de publics bien différents : adultes en situation de handicap ou pas, des enfants dans divers lieux, même en plein air.
Je prône le côté populaire de l’art, le « faire » avec modestie et plaisir sans besoin de légitimité. Certes, un beau lieu magnifie les œuvres mais il peut exclure aussi.
Quelle place les rencontres et la participation d’autres personnes occupent-elles dans ces projets ?
Faire pour soi dans un premier temps est important mais montrer et ressentir la validation et le plaisir éventuel suscité est très gratifiant, de même que l’inverse est assez douloureux.
Je suis ravie d’avoir amené des personnes qui ont suivi mes cours ou stages à continuer cette pratique activement.

Comment tes gravures dialoguent-elles avec ton travail numérique et tes créations pour la projection vidéo ?
Même si le support et le travail de création sont bien différents entre le lino et la tablette, ils communiquent : j’intègre parfois des photos de mes gravures pour enrichir les images et en sens inverse mon travail en gravure a pris d’autres voies, plus abstraites et colorées que par le passé.
Il y a moins de sens, plus de légèreté.

Y a-t-il des choses que tu refuses de faire dans ton travail, des lignes que tu ne veux pas franchir ?
La question ne s’est pas réellement encore présentée mais ce serait : politique, éthique.
Ce qui nuit à l’humain d’une manière ou d’une autre n’est pas possible.

Quels sont aujourd’hui tes projets ou les nouvelles pistes que tu aimerais explorer ?
J’aimerais réaliser, avec mon conjoint Manu Larue, plus de projections vidéo et dans notre région car pour l’instant nous sommes surtout sollicités dans les Deux-Sèvres. Nous y avons vécu des moments mémorables avec de beaux retours émus du public.
Pouvoir vivre plus de mon travail.
J’aimerais aussi voir projetées des gravures et dessins comme les monstres en grands formats, avec les projections vidéo que nous avons déjà réalisées, je trouve tellement gratifiant ce gigantisme en toute modestie.
