
Et si une simple branche pouvait devenir un village miniature ? C’est tout l’imaginaire qu’Adrien Rey développe avec Oneïros, son atelier rennais de créations lumineuses. Ancien architecte, il imagine des univers singuliers où se mêlent bois, fleurs séchées et petits détails inspirés de la nature. Mais ce qui l’anime particulièrement, c’est de donner vie aux souvenirs de ses clients : une maison d’enfance, un lieu cher ou une histoire de famille deviennent des créations uniques, chargées d’émotion. Autodidacte, Adrien aime aussi transmettre son savoir-faire à travers des ateliers de fabrication de miniatures. Toujours guidé par sa curiosité, il explore de nouveaux univers avec une ambition simple : faire rêver en révélant la poésie des choses ordinaires.
Qui es-tu ?
Je m’appelle Adrien REY, j’ai 34 ans, papa d’un fils merveilleux de 8 ans et je vis à Rennes. Je suis un passionné de miniature (évidemment) mais aussi de fleurs, de roller et d’anecdotes inutiles. J’ai un amour infini pour toutes les histoires extraordinaires mais sans contradiction aucune, j’ai aussi un faible tout particulier pour tout ce qui touche à la beauté de l’ordinaire.
Quel a été ton parcours avant de devenir artisan maquettiste, et qu’est-ce qui t’a amené à travailler autour de la miniature et de la création ?
Enfant, je souhaitais être inventeur de Lego, très vite, on m’a fait comprendre que ce n’était pas forcément une vocation très concrète. Je me suis alors tourné vers l’architecture qui m’a longtemps passionné. Diplômé de l’école d’architecture de Rennes, j’ai ensuite exercé pendant 8 ans mon métier d’architecte en me spécialisant sur la fin dans la construction bois passive et biosourcée. Mais rattrapé par les désillusions liées à ce milieu, je suis arrivé au bout de ce que je pouvais proposer et je ne me sentais plus à ma place dans ce domaine. J’ai eu alors l’occasion de me laisser du temps pour réfléchir, et c’est naturellement que mon loisir de toujours a pris de plus en plus de place. La fabrication de lampes et de miniatures. Sans aucune formation initiale, j’ai donc expérimenté et appris de manière autodidacte dans mon atelier pendant de longues heures. Façonnant et et faisant mûrir peu à peu mon art jusqu’à me sentir suffisamment solide pour enfin me lancer pleinement.
Comment est né Oneïros ? Y a-t-il eu un projet ou un déclic à l’origine de cette aventure ?
L’histoire est assez rigolote et j’aime beaucoup la raconter. Tout commença très jeune, où déjà l’âme d’un bricoleur, je récoltais diverses babioles et autres déchets pour bricoler sans cesse de nouvelles inventions. On m’a alors offert un jour un petit livre de créations avec des bâtonnets en bois. J’ai inlassablement réalisé chacune des créations de chaque page de ce livre, au point qu’un jour je demandai à mon père menuisier de m’aider à fabriquer une petite mallette en bois pour stocker tous mes bâtonnets pour mes créations. Sauf qu’il y a une chose à savoir, c’est que moi… Je ne jette jamais rien ! C’est donc 18 ans plus tard que j’ai retrouvé cette mallette dans le fond de mon atelier durant la période du Covid. À l’époque, je cherchais un nouveau projet dans lequel me lancer. En ouvrant cette mallette et en redécouvrant ces bâtonnets que j’avais oubliés, j’ai eu le déclic et je me suis dit : « C’est maintenant, je vais en faire quelque chose ! » Et c’est ainsi qu’est née la première cabane en bois lumineuse à la base de l’aventure Oneïros.

Tes créations donnent vie à de petits univers mêlant bois, fleurs séchées et lumière. D’où vient cet imaginaire et qu’est-ce que tu cherches à transmettre à travers tes pièces ?
Pour mes créations je me nourris énormément des matériaux naturels que je récolte et de l’imaginaire qu’ils m’inspirent. Sur telle branche je vais imaginer un petit village qui fourmille, ou une petite hutte qui se niche au creux de cette coque de noix. Les formes de la nature sont inépuisables d’inspirations pour mes petits univers oniriques. Mais sur la démarche profonde qui anime mon métier, il faut remonter à la base de ma vocation. J’ai initialement été architecte, mais ce qui m’intéressait particulièrement, c’était de travailler avec les personnes pour les aider à créer leur foyer, leurs lieux de vie, là où elles se sentent enfin chez elles. Au cours de mes études et notamment par l’approche sociologique de l’architecture, je me suis rendu compte que cette capacité à faire sien un espace vient moins de la coque en elle-même que de la manière dont nous y projetons nos propres affects. Pour le dire plus simplement, habiter un espace, ce n’est pas simplement y vivre, c’est pouvoir s’y sentir suffisamment à l’aise pour y laisser des traces de soi. Et cela passe par une myriade de petites décorations personnelles : une photo de famille, des plantes dont on prend soin, une affiche qui nous parle particulièrement, etc., etc.
Et Oneïros dans tout ça ? Eh bien justement, un des cœurs de mon travail, c’est la commande personnalisée, c’est-à-dire que je vais pouvoir reproduire par exemple votre maison d’enfance, ou celle de votre grand-père et y ajouter les détails marquants de votre histoire. Une simple veilleuse devient alors un vrai petit bout de récit personnel qui vient illuminer votre intérieur. En aidant les gens à matérialiser leurs souvenirs et à leur donner une réelle place dans leur intérieur, je les aide, à ma façon, à construire leur foyer.

Concrètement, comment naît une création Oneïros, de la première idée jusqu’à la pièce terminée ?
Quand il s’agit d’une de mes créations, je pars souvent d’un thème ou d’une idée qui me plaît. Cela peut venir d’un film que j’ai vu, ou d’une branche qui m’inspire. Dans ces cas-là, je ne réalise aucun dessin préparatoire et je laisse les matériaux faire évoluer l’idée au fur et à mesure de la réalisation. Pour le choix des fleurs, cela se fait souvent par l’ambiance que j’ai envie d’associer à ce thème. Quelque chose de plus cosy aura des tons plus automnaux, tandis qu’un thème plus festif tirera plus vers les couleurs éclatantes du printemps.
Quand il s’agit d’une commande personnalisée, là, je pars vraiment du récit de mon client. Je prends le temps d’avoir un vrai temps d’échange et de parole avec lui pour sentir ce qui le touche dans son souvenir et essayer de comprendre ce qui lui est précieux. S’ensuit une phase de croquis qui me permet de fixer une idée générale du projet. Je ne rentre pas trop dans le détail car je ne souhaite pas cadrer trop la création à ce moment-là. Cette étape nous permet de nous mettre d’accord sur la composition générale, la taille, la tonalité des couleurs, etc. Ensuite, je passe à la réalisation et j’inclus toujours mon client dans le cadre créatif en lui envoyant chaque étape de réalisation au fur et à mesure. Ainsi, il peut lui aussi faire sien ce projet et le voir se construire peu à peu.
Tu travailles beaucoup le bois et la miniature : quels outils et quelles techniques utilises-tu au quotidien dans ton atelier ?
Le métier d’artisan maquettiste est réellement une niche au carrefour de beaucoup de domaines. Il n’y a pas de formation propre à ce métier. J’utilise donc des savoir-faire issus de nombreux métiers. De l’ébéniste au fleuriste en passant par la marqueterie, l’électronique ou le tournage sur bois. À vrai dire, je suis sans cesse curieux de découvrir de nouveaux corps de métier et donc possiblement de nouvelles techniques qui pourraient m’être utiles. Dès lors, j’ai un panel d’outils très large et varié, mais surtout… de très petite taille. Au point que mes outils préférés sont en réalité à la base des outils chirurgicaux qui m’offrent une précision et un affûtage sans pareil.
Certaines de tes créations sont réalisées sur mesure à partir des histoires et des souvenirs de tes clients. Peux-tu nous raconter un projet qui t’a particulièrement marqué ?
Un des premiers projets qui m’a vraiment marqué et fait aimer la création personnalisée était pour une cliente qui souhaitait offrir une lampe à son père. En prenant le temps de discuter avec elle, j’ai pu apprendre qu’elle souhaitait lui offrir pour ses 80 ans et je souhaitais rappeler un peu leur histoire commune lors de son enfance. Creusant le sujet un peu plus, elle m’a raconté que son père était autrefois garde forestier en Savoie et que, quand elle était petite, il passait beaucoup de temps à se promener avec elle en forêt et leurs deux chiens de famille qu’ils aimaient beaucoup. Et c’est justement ce genre d’histoire toute bête et toute simple que je trouve les plus touchantes, car il n’y a rien d’extraordinaire, mais pourtant elles ont une valeur toute particulière. Je lui ai alors proposé de me saisir de cette histoire pour son projet en réalisant une cabane typiquement savoyarde perchée sur une branche d’arbre pour rappeler la forêt. Mais surtout, à travers un travail de recherche sur des photos de famille, nous avons pu retrouver la silhouette des deux chiens de famille, qui aujourd’hui ont malheureusement disparu, pour les réintégrer sous forme d’ombres chinoises à l’intérieur du projet. L’effet final fut immédiat, et je n’oublierai jamais le message touchant de ma cliente qui me raconta par la suite la découverte du projet par son papa, qui ne fut pas sans émotions.

Tu proposes également des ateliers pour apprendre à réaliser soi-même une veilleuse miniature. Qu’est-ce qui te plaît dans le fait de transmettre ton savoir-faire et d’accompagner les participants dans leur propre réalisation ?
La volonté de transmission est une des valeurs que je trouve primordiale dans l’artisanat et particulièrement dans l’artisanat d’art. Durant mes ateliers, un petit groupe de personnes peut venir découvrir pendant trois heures mon métier, mon univers, mais bien plus que cela. En effet, permettre aux gens de maîtriser des techniques de réalisation de base, c’est aussi leur donner les moyens d’explorer leur propre imaginaire, d’ouvrir leur champ des possibles. C’est pourquoi mon atelier est conçu de sorte que l’ensemble des outils utilisés est facilement retrouvable à moindre coût dans le commerce. L’idée est d’accompagner les gens dans la découverte de la réalisation de miniatures en bois et de la composition florale, mais aussi de leur permettre de poursuivre cette exploration chez eux.
Au-delà de ça, les ateliers sont aussi un réel moment de proximité et d’échange avec les personnes. En effet, le reste du travail est relativement solitaire et ces ateliers sont de vrais moments de connexion avec les gens qui me nourrissent autant socialement qu’en termes d’inspiration.

Qu’est-ce qui nourrit aujourd’hui ton inspiration et te donne envie d’imaginer de nouveaux univers ?
Je me nourris énormément au quotidien par ma curiosité, que ce soit les formes de la nature, les films ou séries que je regarde, les affiches du métro, l’inspiration vient d’un peu partout. Et j’ai pour habitude de me dire que si ça fait rêver l’enfant qui est en moi, c’est qu’il y a un truc à creuser. Comme je l’ai déjà dit, cela passe aussi beaucoup par les discussions que je peux avoir avec les gens, que ce soit sur les marchés d’art et d’artisanat ou lors de mes ateliers. Beaucoup de personnes ont leurs propres références et je suis toujours curieux de savoir à quoi leur fait penser tel ou tel projet, ou quelle histoire ça leur rappelle. J’aime alors beaucoup prendre le temps de parler et de me perdre de sujet en sujet en papotant avec les gens. Sans y prendre garde, cela nourrit beaucoup d’images et d’histoires dans ma tête. Finalement, être curieux et bavard est le meilleur moyen de ne jamais tomber en panne d’inspiration ! Et de ce côté-là, je n’ai pas de souci à me faire.
Après toutes les créations que tu as déjà réalisées, y a-t-il encore un univers ou une idée que tu rêves de mettre en miniature ?
Cela fait un moment que j’ai envie de réaliser une création inspirée d’Arrietty – Le Petit Monde des Chapardeurs. C’est un univers incroyable où je trouve que chaque objet des humains est détourné avec poésie pour en créer un nouveau à une autre échelle. Le travail de Miyazaki en règle générale est une source d’inspiration énorme et j’aimerais beaucoup avoir un projet réellement axé sur cet univers pour pouvoir pousser encore plus loin les détails de réalisation. Mais ce n’est pas le seul univers qui m’attire. À vrai dire, j’ai envie de réaliser tellement de choses différentes que je ne suis pas sûr qu’une décennie me suffise. C’est aussi là toute la beauté de l’artisanat de l’imaginaire, c’est que tant que la curiosité est là, la notion de limite reste superflue.

