
Mickaël Poyac, alias MickyMcfly, est un Maker breton passionné par la pop culture et la création artisanale. À travers le bookfolding et le BookStrip, il transforme des livres en véritables objets décoratifs, en faisant apparaître personnages, logos et références cultes au fil des pages. Son univers mêle également string art, pixel art, point de croix, gravure laser et impression 3D, avec toujours la même envie : détourner les objets et leur offrir une nouvelle histoire. Aujourd’hui, Mickaël souhaite aller plus loin en personnalisant les couvertures de ses livres, en explorant la reliure et surtout en développant ses propres créations en 3D. Il cherche également à développer de nouvelles collaborations avec des fabricants et des marques du monde de la fabrication numérique.
Qui es-tu ?
Je m’appelle Mickaël, j’ai 45 ans et, dans mon univers créatif comme sur les réseaux sociaux, on me connaît sous le nom de MickyMcfly (petite précision : même si j’aime bien le youtubeur McFly, mon pseudonyme ne vient pas de lui, mais de Retour vers le futur, autrement dit la meilleure trilogie de tous les temps… en toute objectivité, bien sûr !).
Je suis un Maker breton installé près de Rennes, passionné par la création artisanale et la pop culture.
J’ai travaillé pendant une vingtaine d’années dans le commerce, dont une grande partie dans le secteur de l’achat et de la revente d’objets d’occasion. C’est un univers dans lequel on considère qu’un objet peut avoir plusieurs vies et trouver une nouvelle utilité. Avec le recul, je pense que cette expérience a forcément influencé ma manière de créer aujourd’hui.
Mon travail mélange principalement le bookfolding, le BookStrip, le string art, le pixel art, le point de croix, la gravure laser et l’impression 3D. Mon fil conducteur consiste à partir d’un objet ou d’une référence connue pour lui donner une nouvelle forme.

Comment es-tu devenu Maker et qu’est-ce qui t’a donné envie de transformer des livres et des objets du quotidien en œuvres d’art ?
Je suis devenu Maker progressivement, en testant différentes techniques et en apprenant principalement par moi-même, grâce aux contenus disponibles sur Internet et aux échanges avec d’autres créateurs.
Après avoir travaillé aussi longtemps dans le commerce de l’occasion, j’étais déjà sensible à l’idée qu’un objet ne se résume pas forcément à son premier usage. Il peut être transmis, détourné ou transformé pour commencer une nouvelle histoire. Ma démarche créative prolonge finalement cette idée d’une autre manière.
Ce qui me plaît, c’est de partir d’un matériau simple, comme un livre, du papier, du fil ou du bois, et de parvenir à faire apparaître une image que les gens reconnaissent. Il y a un côté presque magique dans cette transformation : on redécouvre l’objet sous un angle complètement différent.
Le bookfolding est au cœur de ton travail. Qu’est-ce qui t’a séduit dans cette technique et qu’est-ce qu’elle te permet d’exprimer que d’autres disciplines ne permettent pas ?
Ce qui m’a immédiatement séduit dans le bookfolding, c’est la transformation d’un objet familier en une véritable sculpture. En travaillant les pages une à une, un visage, un personnage, un logo ou un mot finit progressivement par apparaître en relief sur la tranche du livre.
Une fois la création terminée, le livre ne peut plus être ouvert ou utilisé pour la lecture. Il devient un objet décoratif à part entière. J’aime justement ce changement de fonction : le livre reste immédiatement identifiable, mais il prend une forme et une utilité complètement nouvelles.
J’aime également les contraintes imposées par cette technique. Il faut tenir compte de la hauteur du livre, de son nombre de pages et du niveau de détail de l’image. On ne peut pas simplement reproduire un visuel tel quel : il faut l’adapter et parfois le simplifier pour qu’il puisse prendre forme dans le livre.
Le bookfolding mélange ainsi conception numérique, précision et long travail manuel. Chaque page ne représente presque rien lorsqu’on la regarde séparément, mais leur accumulation finit par faire apparaître l’œuvre complète.
Le BookStrip offre encore d’autres possibilités, notamment grâce à l’utilisation de la couleur. Les deux techniques partent du même support, mais permettent d’obtenir des résultats très différents.
Ton univers est profondément inspiré de la pop culture. Cinéma, jeux vidéo, animation, sport… Comment choisis-tu les références qui deviennent ensuite des créations ?
Je choisis avant tout des références qui me parlent personnellement. J’ai grandi avec la culture des années 1980 et 1990, les jeux vidéo, les films cultes, les séries et les dessins animés. Tous ces univers continuent aujourd’hui à rassembler plusieurs générations.
Le potentiel visuel de la référence est également important. Certains personnages, objets ou logos sont immédiatement reconnaissables grâce à une silhouette, quelques couleurs ou quelques pixels. C’est particulièrement intéressant pour moi, car les techniques que j’utilise obligent souvent à aller à l’essentiel.
Les demandes personnalisées et les suggestions de ma communauté m’amènent aussi à découvrir des univers auxquels je n’aurais pas forcément pensé. Cela me permet de sortir de mes propres références et de relever de nouveaux défis.
Tu explores de nombreuses techniques : bookfolding, string art, pixel art, impression 3D, gravure sur bois… Qu’est-ce qui te pousse à passer d’un matériau à un autre, et comment ces disciplines se nourrissent-elles entre elles ?
Je suis naturellement curieux et j’aime rarement me limiter à une seule technique. Dès que je découvre un nouveau matériau ou une nouvelle manière de créer, j’ai envie de comprendre comment cela fonctionne et ce que je pourrais en faire dans mon univers.
Chaque discipline m’apporte quelque chose. Le pixel art m’apprend à simplifier une image. Le string art oblige à réfléchir aux lignes, aux contours et aux zones d’ombre. La gravure laser apporte de nouvelles possibilités de personnalisation. Le point de croix reprend la logique du pixel, mais sous une forme beaucoup plus traditionnelle.
L’impression 3D occupe actuellement une place un peu différente. Jusqu’à présent, j’ai surtout imprimé des fichiers conçus par d’autres personnes. Je fais donc une distinction entre le fait de fabriquer un objet et celui de l’avoir imaginé et conçu. Je ne considère pas l’impression seule comme une création entièrement personnelle.
Mon objectif est maintenant de progresser dans l’utilisation de logiciels de conception et de modélisation 3D afin de pouvoir imaginer mes propres objets, les tester, les corriger et les améliorer. Toutes ces disciplines pourront alors se nourrir davantage entre elles.

Derrière chacune de tes créations se cachent de longues heures de conception et un travail entièrement réalisé à la main. Peux-tu nous raconter les différentes étapes qui mènent d’une idée à une œuvre terminée ?
Tout commence par une idée ou une référence. Je cherche ensuite le visuel qui représentera le mieux cette idée et je réfléchis à la technique la plus adaptée pour la réaliser.
Il y a d’abord une phase de préparation numérique. Je retravaille l’image, je supprime certains détails, je renforce les contrastes et je l’adapte aux contraintes de la technique choisie. Pour une création sur livre, je dois ensuite trouver un ouvrage possédant la bonne hauteur et surtout le nombre de pages nécessaire.
Pour le bookfolding, je prépare un patron, puis je marque, plie ou découpe les pages une par une. Pour le BookStrip, l’image est décomposée en fines bandes de papier qui sont ensuite imprimées, découpées et collées une à une sur les différentes pages. La conception utilise donc des outils numériques, mais toute la fabrication demande ensuite un travail manuel long et précis.
Une petite erreur peut créer un décalage dans le motif. Le résultat n’apparaît que progressivement et il faut parfois attendre plusieurs heures avant de commencer à distinguer l’image finale. Ce moment de révélation est l’une des parties les plus satisfaisantes du processus.
Une fois l’ensemble terminé, le livre est définitivement transformé. Il ne peut plus être ouvert pour être lu : il devient une œuvre décorative conçue pour être exposée.
Redonner une nouvelle vie à un livre est une démarche aussi créative que symbolique. Quel regard portes-tu sur cette transformation d’un objet destiné à être lu en une œuvre d’art ?
Cette idée de seconde vie fait naturellement écho à mon parcours professionnel dans le commerce de l’occasion. Pendant de nombreuses années, j’ai vu des objets changer de propriétaire, retrouver une utilité et poursuivre leur histoire au lieu d’être abandonnés.
Je comprends que transformer un livre puisse surprendre. Certaines personnes me disent qu’elles n’oseraient jamais plier ou découper ses pages. Il est vrai qu’une fois la création réalisée, le livre ne peut plus être ouvert ni utilisé pour la lecture. Il perd donc sa fonction première, mais il en acquiert une nouvelle en devenant une œuvre décorative.
De mon côté, je considère que je lui offre une nouvelle histoire. Le livre conserve sa couverture, ses pages, sa matière et son vécu, mais il attire désormais le regard d’une manière différente.
J’aime particulièrement le contraste entre cet objet très traditionnel et les sujets que j’y fais apparaître : un personnage de jeu vidéo, un héros de cinéma, un logo sportif ou une autre référence populaire.
Y a-t-il une création dont tu es particulièrement fier ou qui représente un tournant dans ton parcours ? Quelle est son histoire ?
Parmi mes créations en bookfolding et en BookStrip, celle consacrée à SOS Fantômes occupe une place particulière. C’était l’une de mes premières réalisations en BookStrip et elle m’a permis de découvrir tout le potentiel de cette technique.
Voir l’image et les couleurs apparaître progressivement, bande après bande et page après page, a été très marquant. Cela m’a confirmé que le BookStrip pouvait avoir une véritable identité et compléter le bookfolding traditionnel en proposant un résultat totalement différent.
Cette création n’est peut-être pas la plus complexe que j’ai réalisée depuis, mais elle représente une étape importante dans mon parcours. Les premières créations gardent toujours une valeur particulière, car elles correspondent au moment où l’on découvre une technique et toutes les possibilités qu’elle peut offrir.

Quels sont les projets sur lesquels tu travailles actuellement ? As-tu de nouvelles techniques, collaborations ou collections que tu souhaites développer ?
Je continue à développer des créations autour de la pop culture, avec des univers allant du cinéma et des séries aux jeux vidéo, à l’animation et au sport. J’aime travailler sur des sujets actuels tout en conservant une place importante pour la nostalgie des années 1980 et 1990.
Je souhaite maintenant aller plus loin dans mon travail autour du livre. Jusqu’à présent, mes créations se concentraient principalement sur les pages. J’aimerais pouvoir personnaliser davantage les couvertures, y intégrer de la gravure laser et apprendre à réaliser moi-même certaines reliures. L’objectif serait de créer un objet cohérent dans son ensemble, avec une couverture spécialement conçue pour accompagner le motif formé par ses pages.
Je souhaite également progresser dans la conception et la modélisation 3D. Aujourd’hui, je maîtrise surtout la partie impression, mais mon objectif est de pouvoir imaginer mes propres objets, créer des prototypes, puis les corriger et les améliorer.
Je souhaite développer des collaborations avec des fabricants ou des distributeurs de machines de gravure laser, d’imprimantes 3D et, plus largement, de matériel créatif. Tester leurs produits dans le cadre de projets concrets me permettrait de progresser techniquement tout en montrant leurs différentes possibilités à ma communauté.
Je suis également ouvert à des collaborations avec des entreprises ou des marques souhaitant valoriser leur identité, leurs produits ou leur univers à travers des créations personnalisées et des approches artistiques sur mesure.

Quel conseil donnerais-tu à une personne qui aimerait se lancer dans le bookfolding ou, plus largement, dans une démarche Maker mêlant artisanat, créativité et culture populaire ?
Je lui conseillerais de commencer par un motif simple et surtout de choisir une référence qu’elle aime vraiment. Le premier projet ne sera probablement pas parfait, mais ce n’est pas grave. C’est en testant, en se trompant et en recommençant que l’on comprend réellement une technique.
Il ne faut pas non plus attendre d’avoir tout le matériel ou de maîtriser parfaitement tous les logiciels pour débuter. Un livre, une règle, un crayon et beaucoup de patience permettent déjà de faire énormément de choses.
Enfin, je lui conseillerais de partager son travail et d’échanger avec d’autres créateurs. La communauté Maker est une source incroyable d’idées, de conseils et de motivation. Être Maker ne signifie pas tout savoir faire dès le départ. C’est surtout avoir envie d’apprendre, d’expérimenter et de transformer progressivement une idée en quelque chose de concret.