
Artiste autodidacte, Malò développe un univers singulier où sculpture, peinture abstraite, rénovation de meubles et design d’intérieur se rejoignent autour d’une même idée : révéler la beauté cachée des objets et des matières. Inspirée par la nature, les rencontres et les histoires que portent les matériaux, elle transforme pièces industrielles, objets du quotidien et éléments récupérés en œuvres poétiques chargées d’émotion. Ses créations explorent des thèmes qui lui sont chers : le bonheur, la joie, l’amour, la paix et la Bretagne. Parmi ses réalisations les plus emblématiques figurent l’Oiseau Liberté et l’Oiseau Paradis, deux sculptures monumentales qui célèbrent le vivant et l’émerveillement. Aujourd’hui, Malò partage également sa passion auprès des scolaires à travers des ateliers qui invitent les enfants à observer, imaginer et créer autrement. Son rêve : réunir artistes, artisans et enfants autour d’une œuvre collective porteuse de sens et de poésie.
Qui es-tu ?
Je m’appelle Malò. Je suis une artiste autodidacte. Je crée des sculptures, des peintures abstraites, des meubles, des objets de décoration et des bijoux.
Je compose avec des matériaux anciens et des objets du quotidien pour imaginer de nouvelles histoires. Ce qui m’anime avant tout, c’est de faire rêver, de provoquer des émotions et de voir les étincelles dans les yeux des personnes qui découvrent mes créations.
Comment est née ta passion pour la création et quel a été ton parcours pour devenir artiste ?
Je crois que j’ai toujours eu cette façon de regarder les objets autrement. Et toujours eu envie de mettre en lumière le merveilleux qui se cache derrière la poussière, la graisse, la rouille… le vieil objet laissé à l’abandon.
Je suis autodidacte, j’ai appris par la transmission des savoirs des personnes que j’ai eu la chance de croiser sur mon chemin. Des artisans, des passionnés ou de simples curieux ont partagé avec moi leurs savoir-faire, leurs conseils ou parfois simplement une pièce de métal qui allait devenir le point de départ d’une création.
Mon parcours s’est construit au fil des rencontres, des essais, des découvertes et de beaucoup de curiosité. Chaque personne a apporté quelque chose à mon univers et m’a donné envie d’aller toujours un peu plus loin dans la création.
Tu explores plusieurs disciplines : sculpture, peinture abstraite et rénovation de meubles. Qu’est-ce qui relie ces différentes pratiques dans ton travail ?
Que je travaille le métal, la peinture ou un meuble ancien, je cherche toujours à créer une émotion et à faire naître quelque chose de nouveau à partir de ce qui existe déjà. Mes thèmes de travail sont le bonheur, la joie, l’amour, la paix et la Bretagne.
J’aime composer avec les formes, les matières, les couleurs et les volumes jusqu’à trouver un équilibre. Chaque création est une invitation à ralentir, à observer autrement et à imaginer que tout peut continuer à vivre différemment.
La transformation des objets et des matières est au cœur de ta démarche. Comment cela se traduit-il concrètement dans ta manière de créer ?
Chaque création commence par une rencontre avec une pièce. Elle peut rester plusieurs mois, parfois même plusieurs années dans mon atelier avant de trouver naturellement sa place. Je ne travaille jamais dans la précipitation. J’observe beaucoup, je m’inspire de la nature, je laisse mûrir les idées, j’ébauche des croquis. Puis, lorsque tout devient évident, je peux créer pendant plusieurs jours avec une énergie incroyable. Dans ces moments-là, je perds complètement la notion du temps.
Il m’arrive aussi de partir chercher la pièce qui manque, comme on cherche la dernière pièce d’un puzzle. Mon atelier est d’ailleurs organisé comme une immense boîte à trésors où chaque pièce attend de rencontrer les autres pour donner naissance à une nouvelle création.
Tes sculptures naissent d’objets récupérés, de pièces industrielles ou d’éléments du quotidien. Comment choisis-tu ces matériaux et comment leur donnes-tu une nouvelle forme dans tes créations ?
Je chine beaucoup dans les recycleries, les brocantes et j’ai la chance d’avoir une entreprise près de chez moi qui vend le fer récupéré. Et parfois, les personnes de mon entourage me donnent des pièces plutôt que de les jeter.
J’aime particulièrement les formes rondes, les engrenages, les chaînes, les roues de charrette, les pièces de tracteur, les ressorts ou encore les pièces de moteur. Certaines pièces attirent immédiatement mon regard. D’autres attendent des mois avant de trouver leur place. C’est toujours un moment très émouvant lorsque l’assemblage prend vie et que l’on voit apparaître une forme, une expression.
Dans tes peintures abstraites, l’émotion occupe une place centrale. Que cherches-tu à transmettre à travers les couleurs, les matières et les textures ?
Ce que je transmets à travers mes peintures est mon histoire de vie. J’aime déposer sur une toile mes sentiments, mon état d’âme.
Ce que j’aime dans l’art abstrait est la façon dont les personnes s’approprient la toile et discutent autour d’elle. C’est à cet instant que ma toile prend toute sa valeur. Dans mes peintures, il y a beaucoup de couleurs et de relief. Mes couleurs préférées sont l’orange, le rouge et le jaune. Les couleurs de la passion et du bonheur.
Le relief apporté par du plâtre, du sable apporte un côté énergique au tableau. J’ai été profondément touchée lorsqu’une femme, qui avait son fils très malade, m’a expliqué qu’elle avait retrouvé son histoire à travers une de mes toiles. Elle y voyait quelque chose qui faisait écho à son propre cheminement. Le tableau est tout noir et des rayons, des étincelles de couleurs vives sortent de ce côté sombre. Ce tableau s’appelle Espoir.
J’aime quand ma toile entre en résonance avec l’histoire et les émotions de celui qui la regarde.
La rénovation de meubles fait également partie de ton univers. Qu’aimes-tu particulièrement dans le fait de redonner vie à un objet qui a déjà une histoire ?
Nous avons tendance à jeter très vite des objets qui pourraient continuer à vivre autrement. J’aime leur offrir cette possibilité.
Je suis ravie qu’un meuble puisse continuer à accompagner une famille pendant encore de nombreuses années. Je prends plaisir à composer avec son histoire plutôt qu’à l’effacer. Une poignée ancienne, une façade de tiroir, une plaque métallique ou une matière peuvent devenir les éléments d’un nouvel univers. Mon travail de designer d’intérieur me permet aussi d’aller plus loin : je ne pense pas uniquement un objet, mais l’ambiance dans laquelle il va vivre, dialoguer avec les couleurs, les œuvres et les personnes qui l’entourent.
L’Oiseau Liberté et l’Oiseau Paradis comptent parmi tes créations les plus emblématiques. Comment sont nées ces deux œuvres, et en quoi prolongent-elles aujourd’hui ton univers artistique, notamment à travers les interventions que tu mènes auprès des scolaires ?
Les oiseaux occupent une place particulière dans mon univers parce qu’ils symbolisent pour moi la liberté et le vivant.
L’Oiseau Paradis, un grand colibri de trois mètres d’envergure, se met doucement à osciller au rythme du vent, comme s’il prenait vie. J’aime cette impression qu’il dialogue naturellement avec les éléments. Le petit cœur bleu qui se trouve à l’emplacement du cœur de l’oiseau est la façon que j’ai trouvée pour exprimer l’amour que l’oiseau déploie à chaque personne qui le regarde.
L’Oiseau Liberté est né après ma visite aux Machines de l’Île à Nantes. J’ai été fascinée de voir des œuvres prendre vie grâce à leurs mécanismes. J’ai alors eu envie de créer une sculpture que les enfants pourraient eux-mêmes mettre en mouvement.
Aujourd’hui, il les accompagne dans les écoles. Ils actionnent la manivelle, observent les ailes s’ouvrir, découvrent les mécanismes, reconnaissent certaines pièces… Ils me montrent qu’il existe autant de façons de regarder une œuvre que de regards d’enfants. Certains s’intéressent davantage à la mécanique, d’autres à l’animal ou à l’œuvre elle-même.
Chacun y va de son propre commentaire ! J’adore voir les étincelles dans leurs yeux lorsqu’ils comprennent que ce sont eux qui donnent vie à l’oiseau.
Pour moi, l’art doit être accessible au plus grand nombre. Les œuvres ne sont pas seulement faites pour être regardées : elles peuvent être touchées, manipulées et devenir une source d’émerveillement pour les adultes et les enfants.
Quels sont tes projets et tes envies pour les mois à venir ? Y a-t-il de nouvelles pistes ou de nouveaux défis que tu aimerais explorer ?
J’ai encore beaucoup de rêves. J’aimerais créer une œuvre monumentale qui réunirait des enfants, des artistes et différents corps de métier autour d’un projet collectif. J’aime l’idée que chacun puisse apporter sa pierre à l’édifice et repartir fier d’avoir participé à une création commune.
Je souhaite également poursuivre mes interventions auprès des scolaires, parce que transmettre le goût de créer et apprendre à regarder autrement ce qui nous entoure me tient particulièrement à cœur.
Si, grâce à une de mes œuvres, une de mes interventions, une personne repart avec le sourire, un enfant ose créer à son tour ou quelqu’un regarde différemment un objet qu’il s’apprêtait à jeter, alors j’ai le sentiment d’avoir réussi ce qui me tient le plus à cœur : donner envie de rêver, d’oser créer et de regarder le monde avec un peu plus d’amour et de bienveillance.
Que du bonheur à tous !