
À seulement 25 ans, Fabien Devilliers est doctorant en compatibilité électromagnétique dans les avions légers… mais aussi le créateur d’Ozone Coiler, un projet qui mêle science, technologie et spectacle. Passionné de fabrication depuis l’enfance, il découvre les bobines de Tesla à l’adolescence et construit ses premières machines à partir de composants de récupération. Ce qui n’était au départ qu’une expérience personnelle devient, en 2021, une véritable aventure après sa participation à un live de Squeezie. Depuis, Fabien imagine et réalise des spectacles uniques où des éclairs de plusieurs mètres deviennent instruments de musique, accompagnés de dispositifs comme la cage de Faraday ou la cotte de mailles conductrice. À travers Ozone Coiler, il partage sa passion pour l’électronique et la physique tout en rendant la science accessible au plus grand nombre. Aujourd’hui, ses recherches nourrissent ses créations et inversement. Il développe de nouvelles machines et travaille notamment à rendre les bobines de Tesla interactives et accessibles dans des lieux culturels et scientifiques.
Qui es-tu ?
Je suis Fabien Devilliers, j’ai 25 ans et je suis actuellement en thèse sur la compatibilité électromagnétique dans les avions légers. Je fabrique des choses depuis que j’ai 10 ans, et je me suis intéressé aux bobines de Tesla vers mes 13 ans.
Tu t’intéresses aux bobines de Tesla depuis l’âge de 15 ans. Comment cette passion est-elle née et qu’est-ce qui t’a donné envie de construire tes premières machines ?
Cela fait maintenant plus de dix ans que je construis des bobines de Tesla. Depuis tout petit, j’ai toujours adoré démonter et remonter des objets… même si, au début, je les démontais surtout ! J’aimais également fabriquer toutes sortes de choses, comme une petite éolienne capable de produire de l’électricité ou encore une cabane sur pilotis.
Le véritable déclic est venu lors d’une soirée cinéma, en regardant L’Apprenti sorcier avec Nicolas Cage. Dans une scène, le personnage principal fait fonctionner plusieurs bobines de Tesla autour de lui tout en étant protégé dans une cage métallique. J’ai été complètement fasciné par cette séquence et je me suis demandé si les éclairs étaient réels ou s’il s’agissait simplement d’effets spéciaux.
Par curiosité, j’ai commencé à faire des recherches sur Internet. De fil en aiguille, en lisant des forums et en regardant diverses vidéos, j’ai découvert que ces machines existaient réellement. C’est à ce moment-là que je me suis lancé dans la construction de ma première bobine de Tesla, en utilisant principalement des objets et des composants de récupération (dédicace aux micro-ondes).

Aujourd’hui, tu es doctorant en compatibilité électromagnétique tout en développant Ozone Coiler. Comment tes recherches scientifiques nourrissent-elles tes projets de maker, et inversement ?
Si j’en suis aujourd’hui à réaliser une thèse en compatibilité électromagnétique, c’est avant tout grâce aux bobines de Tesla. Ce sont elles qui ont éveillé ma passion pour l’électronique, la physique et les sciences en général. Au départ, ce sont donc clairement mes projets de maker qui ont nourri mon parcours scientifique.
Aujourd’hui, la situation s’est un peu inversée. Une thèse demande d’acquérir des connaissances très poussées, et tout ce que j’apprends en compatibilité électromagnétique vient enrichir mes projets personnels. Cela me permet de mieux comprendre les phénomènes de perturbations électromagnétiques, de résoudre des problèmes que je rencontrais auparavant en tant que maker et de concevoir des machines toujours plus performantes et plus fiables.
Enfin, le doctorat m’apporte aussi une nouvelle façon de travailler. Il m’a appris à être plus rigoureux, à structurer mes recherches et à aborder chaque problème avec une véritable démarche scientifique. Cette méthode influence aujourd’hui tous mes projets, qu’ils soient professionnels ou personnels.
Ozone Coiler est devenu bien plus qu’un projet personnel. Peux-tu nous présenter cette aventure et nous expliquer ce que tu proposes aujourd’hui à travers tes créations ?
Ozone Coiler a véritablement vu le jour en 2021, à la suite de mon passage dans un live du youtubeur Squeezie. J’y ai présenté ma passion à un très large public et, à ma grande surprise, de nombreuses personnes ont trouvé ce que je faisais fascinant. J’ai alors commencé à recevoir mes premières demandes de prestations.
Depuis, j’ai eu la chance de présenter mes spectacles un peu partout en France. C’est une expérience extrêmement enrichissante, qui m’a permis de partager ma passion tout en m’amusant. Au départ, mon objectif était simplement de produire des éclairs avec des bobines de Tesla. Puis j’ai développé des bobines musicales, avant de faire une cage de Faraday, comme dans le film. Plus récemment, j’ai conçu un spectacle dans lequel je danse, vêtu d’une cotte de mailles, au milieu de trois bobines de Tesla.
Avec le temps, un second aspect est devenu tout aussi important pour moi : la vulgarisation scientifique. À force d’expliquer au public le fonctionnement de mes machines, j’ai découvert que j’adorais transmettre ces connaissances. J’ai donc développé d’autres expériences et démonstrations afin de rendre la science autour de l’électricité plus accessible. Cela m’a permis d’intervenir lors de Fêtes de la science, de sensibiliser un large public et même d’accompagner des passionnés qui souhaitent construire leur propre bobine de Tesla.
Aujourd’hui, Ozone Coiler s’articule autour de deux axes complémentaires : d’un côté, le spectacle et le divertissement avec les bobines de Tesla, la cage de Faraday et la cotte de mailles ; de l’autre, la vulgarisation scientifique. Pour moi, ces deux dimensions sont indissociables.

Tes bobines de Tesla sont capables de produire des décharges électriques musicales de plusieurs mètres. Comment fonctionne une bobine de Tesla musicale et qu’est-ce qui la rend si fascinante pour le public ?
Le principe de fonctionnement d’une bobine de Tesla est, dans les grandes lignes, relativement simple : il repose sur le phénomène de résonance. C’est exactement le même principe que lorsque l’on fait monter une balançoire de plus en plus haut.
Si l’on donne une impulsion au bon moment, chaque mouvement vient s’ajouter au précédent et l’amplitude augmente progressivement. Pour une balançoire, l’impulsion est donnée par nos jambes ; pour une bobine de Tesla, elle est fournie sous forme d’impulsions électriques.
Grâce à ce phénomène, l’énergie s’accumule progressivement dans le circuit. La bobine de Tesla fonctionne ensuite comme un transformateur résonant : un courant très important circule dans la bobine primaire, pouvant atteindre près de 1 000 ampères en crête, puis, par induction électromagnétique, cette énergie est transférée vers la bobine secondaire, où la tension atteint plusieurs millions de volts. C’est cette très haute tension qui permet de créer de spectaculaires décharges électriques de plusieurs mètres.
Concernant la musique, le principe est assez surprenant. Un éclair ne produit pas de musique à lui seul : il fait simplement chauffer l’air de manière extrêmement rapide, ce qui crée une onde de choc que l’on entend sous la forme d’un claquement. En revanche, si l’on génère ces décharges à une fréquence précise, par exemple 440 fois par seconde, on obtient la note La (440 Hz). En contrôlant très précisément cette fréquence et sa variation, il est alors possible de jouer n’importe quelle mélodie directement avec les éclairs.
Ce qui fascine le public, c’est avant tout l’expérience sensorielle. Voir des décharges électriques de plusieurs mètres évoluer à seulement quelques mètres de soi est déjà impressionnant, mais on peut aussi les entendre, sentir la chaleur qu’elles dégagent, parfois même percevoir l’odeur caractéristique de l’ozone qu’elles produisent. Les éclairs dessinent également des ramifications toujours différentes, offrant un spectacle aussi beau qu’imprévisible.
Enfin, il y a ce mélange de fascination et de respect que l’on éprouve face à un phénomène naturellement dangereux. Un peu comme le feu, qui est lui aussi un plasma, les éclairs sont à la fois magnifiques, puissants et intimidants. C’est cette combinaison entre science, esthétique et sensation qui captive autant le public.

Lorsque tu imagines une nouvelle machine, comment passes-tu de l’idée aux premiers essais ?
La création d’une nouvelle machine passe toujours par plusieurs étapes. La première consiste à définir précisément le besoin : quel est l’objectif de cette machine, dans quel contexte sera-t-elle utilisée, à qui s’adresse-t-elle et pourquoi ai-je envie de la concevoir ? Cette phase est essentielle, car elle permet de fixer un véritable cahier des charges.
Une fois cette réflexion terminée, je commence à imaginer la machine dans son ensemble. Je réalise alors plusieurs croquis à main levée pour mettre les premières idées sur le papier et explorer différentes solutions techniques.
Si le projet est électronique, je poursuis avec une phase de recherche bibliographique et de simulation afin de valider les principes de fonctionnement avant de fabriquer quoi que ce soit. Ensuite, je passe à la conception détaillée, avec la modélisation 3D des pièces mécaniques et le routage des cartes électroniques lorsque c’est nécessaire.
Enfin vient la phase que je préfère : les essais. Je construis un premier prototype, je réalise de nombreux tests, j’analyse les résultats et j’apporte les corrections nécessaires. Il est très rare qu’une machine fonctionne parfaitement du premier coup, mais c’est justement cette succession d’itérations qui permet d’améliorer le projet jusqu’à ce qu’il réponde pleinement au cahier des charges que je me suis fixé.

La sécurité est un enjeu majeur lorsqu’on manipule des tensions aussi élevées. Comment rends-tu tes démonstrations accessibles au public tout en garantissant une expérience spectaculaire et sécurisée ?
La sécurité est effectivement un point essentiel dans mon travail. Les bobines de Tesla sont des machines capables de générer des champs électriques et magnétiques très importants, ce qui nécessite une approche très rigoureuse lors des démonstrations.
Le principal danger reste le contact direct avec une décharge électrique sans protection adaptée. Sur une personne non protégée, cela peut provoquer des brûlures au niveau des points d’impact et, dans certaines situations, des effets plus graves sur l’organisme. Les personnes équipées de dispositifs médicaux sensibles, notamment cardiaques, nécessitent également une attention particulière.
Cependant, une décharge électrique est un phénomène qui se maîtrise, à condition de respecter des règles de sécurité strictes. Comme pour le feu, la première protection consiste à maintenir une distance adaptée. De plus, il est possible d’utiliser des protections physiques, comme des structures métalliques qui jouent le rôle de cage de Faraday et bloquent les champs électromagnétiques.
Dans le cadre de mes démonstrations, une personne placée dans une cage de Faraday correctement conçue peut ainsi être protégée contre les décharges extérieures. Si un éclair venait à frapper la structure, le courant circulerait dans la paroi métallique et non dans son corps. La personne pourrait simplement ressentir un léger dégagement de chaleur, comparable à la sensation ressentie lorsque l’on approche sa main au-dessus d’une flamme.
Les champs électromagnétiques générés peuvent également perturber certains appareils électroniques situés à proximité. C’est pourquoi je prends en compte leur environnement lors de chaque prestation afin d’éviter tout problème. Les perturbations peuvent parfois provoquer des dysfonctionnements temporaires, mais elles ne causent généralement pas de dommages matériels, sauf en cas de contact direct avec une décharge.
Avec l’expérience, j’ai progressivement mis en place différents niveaux de sécurité. Cela passe par des mesures passives, comme le respect des distances de sécurité et le contrôle de l’environnement autour des machines, mais également par des dispositifs actifs : arrêts d’urgence, systèmes de détection d’ouverture sur les cages de Faraday, procédures de contrôle avant chaque démonstration, etc.
Grâce à cette approche, mes spectacles peuvent rester impressionnants tout en étant maîtrisés. À ce jour, toutes mes représentations se sont déroulées sans incident, que ce soit pour les personnes présentes ou pour le matériel environnant.
Tu interviens régulièrement lors de festivals, d’événements ou d’actions de médiation scientifique. Qu’est-ce qui te plaît dans le fait de partager cette passion avec le public ? Y a-t-il une démonstration ou une rencontre qui t’a particulièrement marqué ?
Dans ce que je fais, il y a plusieurs aspects qui me plaisent énormément. Je compare souvent mon travail à celui d’un artificier : au-delà de la performance technique, ce qui compte vraiment, c’est de voir la réaction des personnes qui assistent au spectacle.
Lorsque je fais fonctionner mes bobines de Tesla, ce que j’aime le plus, c’est observer les regards du public. Il y a l’enfant qui découvre pour la première fois un éclair de plusieurs mètres, complètement émerveillé, parfois en train de chanter la mélodie jouée par les bobines. Il y a aussi la personne passionnée de sciences ou d’ingénierie qui vient échanger avec moi pendant de longues minutes et qui pose mille questions pour comprendre le fonctionnement de ces machines.
Ce sont ces interactions qui donnent tout son sens à mon travail. J’aime transmettre mes connaissances, répondre aux interrogations des visiteurs et surtout provoquer cette sensation d’émerveillement qui donne envie d’en apprendre davantage sur les sciences.
Une démonstration qui m’a particulièrement marqué est celle réalisée lors de la Maker Faire Paris 2026, au sein du Musée des Arts et Métiers. Les organisateurs m’avaient installé dans l’église du musée, un lieu chargé d’histoire, et j’ai eu la chance de faire résonner mes bobines de Tesla au cœur de cet espace exceptionnel.
Le contraste entre un lieu historique rempli de patrimoine et une technologie comme les bobines de Tesla musicales était particulièrement fort. J’ai également pu rencontrer de nombreux passionnés, qu’ils soient Makers, scientifiques ou simplement curieux, et partager avec eux autour de la création, de la technologie et de la vulgarisation scientifique. C’est ce genre de moment qui me rappelle pourquoi j’aime autant ce que je fais.

Depuis le lancement d’Ozone Coiler, quelles ont été tes plus grandes satisfactions, mais aussi les principaux défis que tu as dû relever ? Qu’est-ce qui te motive aujourd’hui à aller toujours plus loin ?
Mes plus grandes satisfactions sont directement liées aux principaux défis que j’ai dû relever, et le plus important d’entre eux est sans aucun doute la confiance.
La confiance entre moi et les personnes qui font appel à moi, d’abord, car je dois leur montrer que je maîtrise parfaitement mes machines, que les aspects liés à la sécurité sont pris très au sérieux et que mes démonstrations sont réalisées dans un cadre contrôlé. Mais il y a aussi un autre défi : celui de faire accepter des créations qui sortent parfois des cadres habituels. Mes machines sont des réalisations personnelles, qui ne rentrent pas forcément dans une catégorie ou une norme existante, et il a fallu prouver leur fiabilité et leur sérieux.
Il m’aura fallu environ cinq ans pour passer de simples expérimentations devant chez moi à des prestations dans de grandes salles de spectacle ou dans des lieux culturels accueillant plusieurs milliers de personnes. Je sais qu’il me reste encore beaucoup de chemin à parcourir, mais je suis déjà très fier du parcours accompli jusqu’à aujourd’hui.
Ce qui me motive à continuer et à aller encore plus loin, c’est un objectif qui me tient particulièrement à cœur : après ma thèse, réussir à faire de ma passion pour les bobines de Tesla et la vulgarisation scientifique un véritable métier à temps plein. J’aimerais pouvoir continuer à créer, transmettre mes connaissances et, pourquoi pas, devenir une référence dans ce domaine.
Sur quels projets travailles-tu actuellement ? Quelles sont les prochaines évolutions d’Ozone Coiler et où pourra-t-on découvrir tes prochaines créations ou démonstrations ?
Actuellement, je travaille sur un projet qui me tient particulièrement à cœur : rendre les bobines de Tesla accessibles dans des lieux accueillant du public, comme des espaces culturels ou scientifiques. L’objectif est de créer de petites bobines de Tesla intégrées dans des structures sécurisées, permettant aux visiteurs d’interagir directement avec la machine. Ils pourront choisir une musique grâce à une interface, enfiler un gant de protection et ainsi participer à l’expérience en jouant avec les arcs électriques.
Concernant Ozone Coiler, je continue bien sûr à réaliser des prestations, même si le rythme est aujourd’hui plus réduit en raison des exigences liées à ma thèse. En parallèle, avec plusieurs amis, nous sommes en train de créer une association appelée RadioVoltCorp, qui aura pour objectif de rassembler nos différentes passions autour des sciences et des phénomènes physiques, qu’il s’agisse d’électricité, d’électromagnétisme ou encore de radioactivité.
Pour le moment, je n’ai pas encore prévu de grand spectacle ouvert au public dans les prochains mois, mais je continue à réaliser des prestations privées et à développer de nouveaux projets en coulisses.
Pour suivre l’avancée de mes créations, mes prochaines démonstrations et les coulisses de mes expérimentations, vous pouvez me retrouver sur mes réseaux sociaux sous le nom @OzoneCoiler.
