Portrait de Maker #205 : Benjamin Dufour

Benjamin Dufour est un passionné de technologie avec plus de 20 ans d’expérience dans les architectures cloud et les écosystèmes Microsoft. Autodidacte, il a commencé très tôt à programmer avant d’évoluer vers le cloud, le Big Data, l’IoT et aujourd’hui l’intelligence artificielle. Son moteur : apprendre en construisant et explorer des domaines nouveaux sans attendre d’en être expert. Il est à l’origine de Clevinoo, un assistant vocal éducatif pensé pour les enfants et inspiré du talkie-walkie. L’objectif : proposer une interaction simple, sans écran, où l’enfant pose une question en push-to-talk et obtient une réponse immédiate via une IA. Aujourd’hui en cours d’industrialisation et testé par plusieurs familles, Clevinoo se construit au fil des usages pour rendre la technologie plus accessible, plus naturelle et plus utile dans l’apprentissage des enfants.

Qui es-tu ?

Bonjour je suis Benjamin Dufour, papa de 2 enfants et c’est pour eux que j’ai créé Clevinoo, l’IA des p’tits curieux.

Peux-tu nous raconter ton parcours et les étapes clés qui t’ont conduit à travailler aujourd’hui à la croisée du cloud, de l’IA et des objets connectés comme Clevinoo ?

J’ai commencé en autodidacte à faire plein de choses avec un ordinateur à une époque où peu de gens programmaient.
J’ai évolué avec les différents langages de programmation, puis vers l’architecture logicielle et enfin l’architecture cloud. Cette dernière évolution a été un grand changement car elle m’a ouvert les portes de nouvelles technologies : le big data, l’IoT et aujourd’hui l’IA.

J’ai toujours aimé apprendre et explorer de nouveaux domaines. Je ne suis généralement pas expert avant de me lancer : je me lance, puis j’apprends ce qu’il faut pour avancer.

Créer Clevinoo m’a d’ailleurs rappelé qu’un produit ne se limite pas à la technologie. J’ai dû apprendre l’électronique, le design 3D et l’industrialisation d’un produit physique, mais aussi comment raconter un projet, réaliser des vidéos, animer des réseaux sociaux, lancer une campagne de financement participatif et gérer les aspects administratifs d’une entreprise.

C’est probablement ce que j’aime le plus dans cette aventure : apprendre chaque semaine quelque chose de nouveau.

Avec 20 ans d’expérience sur les technologies Microsoft, comment ton regard sur l’architecture logicielle et les systèmes cloud a-t-il évolué au fil du temps ?

a a beaucoup changé depuis mes premiers programmes en Turbo Pascal ! Les technologies évoluent, les méthodologies évoluent, et les mœurs évoluent.

Au début, faire un site web était un vrai défi, aujourd’hui chaque entreprise a son application mobile et un système informatique poussé. Le nouvel enjeu, c’est la donnée. Il fallait déjà être capable de tout stocker, et maintenant on sait faire du calcul distribué pour l’exploiter correctement.

C’est grâce à toutes ces évolutions qu’on fait aujourd’hui des intelligences artificielles si poussées, et ce n’est pas fini ! Le vrai défi, c’est d’apprendre tous les jours pour continuer à innover.

Dans les projets cloud que tu accompagnes, quels sont aujourd’hui les principaux défis et compromis les plus difficiles à gérer ?

Le défi est toujours de trouver le bon équilibre entre vitesse, robustesse et coût. Une architecture parfaite qui prend deux ans à construire n’a souvent pas plus de valeur qu’une architecture fragile construite en deux semaines.

Les technologies évoluent tellement vite qu’il faut aussi accepter qu’aucune solution n’est définitive. Si je recommençais Clevinoo aujourd’hui, je ferais certains choix techniques différemment grâce aux outils apparus ces derniers mois. Attendre la technologie parfaite est souvent le meilleur moyen de ne jamais rien construire. Il faut avancer par étapes, mesurer, apprendre et améliorer en continu. C’est exactement la philosophie que j’ai appliquée à Clevinoo.

Dans l’IA en particulier, attendre six mois revient parfois à travailler avec une génération de technologie en retard. Il faut accepter qu’une partie de ce qu’on construit aujourd’hui sera remplacée demain. L’important n’est pas de tout prévoir dès le départ, mais de concevoir des systèmes capables d’évoluer.

Comment est née l’idée de Clevinoo, cet assistant vocal éducatif pour enfants inspiré du talkie-walkie ?

On était à table en famille, plein de discussions, de questions, et à un moment je ne savais pas répondre à mes enfants, alors j’ai sorti le smartphone pour avoir une réponse. C’est dommage parce que les enfants sont venus se coller à l’écran et on a perdu toute la magie.

J’ai donc cherché un objet qui permettrait de parler avec une IA sans être intrusif. C’est là que je me suis dit qu’un talkie-walkie serait l’objet idéal, mais je n’ai rien trouvé. Alors j’ai décidé de le créer ! J’ai pas mal de compétences techniques, je devrais pouvoir le faire ! Quelques semaines plus tard, le premier prototype était déjà sur la table à Noël 2024.

Clevinoo repose sur un ESP32 avec un fonctionnement en push-to-talk et du streaming audio vers une IA. Qu’est-ce que ce choix change dans l’expérience pour un enfant ?

Je voulais un objet portable, avec une bonne autonomie, qui pourrait être présent parmi nous sans être intrusif. J’ai vu des systèmes où l’on doit parler au bon moment, sans interruption, et ce n’est pas facile pour un enfant. C’est justement ce que permet le bouton pour parler. L’appareil ne répond qu’aux questions qu’on lui adresse explicitement, quand on le souhaite.

J’ai déjà demandé à mon fils ce qu’il attendait, ce à quoi il m’a répondu : « attends j’essaye de bien formuler ma question ». J’étais heureux à ce moment-là, parce qu’il réfléchissait à bien ordonner tout dans sa tête pour poser LA bonne question.

Techniquement, comment fais-tu dialoguer l’électronique embarquée, le traitement audio temps réel et l’IA conversationnelle dans Clevinoo ?

L’ESP32 est très économe en énergie et peut facilement tenir 2 semaines sur une charge de batterie en utilisation familiale. Il a tenu 3 jours de discussions non-stop au Nantes Maker Campus !

Finalement, l’appareil ne fait qu’envoyer et recevoir de l’audio avec les services cloud sécurisés que j’ai développés.

Le streaming audio permet d’avoir toute la puissance de l’IA dans le cloud et d’avoir une réponse très rapide. J’ai d’ailleurs un appareil déployé en Nouvelle-Zélande, avec des services cloud au plus proche pour une meilleure latence. Parce que les enfants n’ont aucune patience : il leur faut une réponse dans les 2 secondes, sinon ils passent à autre chose.

Le projet intègre aussi un petit écran avec des yeux animés pour accompagner l’interaction. Quelle importance accordes-tu à cette dimension “émotionnelle” dans un objet éducatif pour enfants ?

Au début, j’avais simplement une LED de statut. Techniquement, cela fonctionnait, mais ça restait difficile à comprendre pour un enfant. J’admire Léonard de Vinci qui savait unir l’esthétique et la fonction.

Les yeux animés ne sont donc pas là pour « faire mignon ». Ils permettent à l’enfant de comprendre naturellement ce que fait l’objet : écouter, réfléchir ou répondre. Le design de Clevinoo est pensé comme un tout, où la forme participe directement à l’expérience d’utilisation.

Clevinoo est aujourd’hui testé par plusieurs familles en phase de prototype. Qu’est-ce que ces retours utilisateurs t’apprennent et changent dans le projet ?

Merci aux bêta-testeurs qui, depuis plusieurs mois déjà, avec la version précédente du matériel, m’ont permis d’apprendre et d’améliorer plein de choses !

Côté matériel, j’ai dû renforcer le bouton pour parler, ajouter un deuxième microphone. J’ai aussi compris qu’une notice d’utilisation était à éviter, d’où les yeux animés. J’ai également pu faire beaucoup évoluer le style de réponse de l’IA pour mieux s’adapter à la demande des enfants.

Faire des réponses plus courtes, les faire réfléchir en leur posant des questions plutôt que de donner toute la réponse simplement.

J’ai aussi vu les enfants réfléchir pour poser leurs questions, et la plupart du temps ils marchent de dos à nous pour s’isoler et mieux construire leur pensée. Cela m’a confirmé que ce côté talkie-walkie était le bon.

Le projet est en cours d’industrialisation. Comment imagines-tu la suite de Clevinoo et son impact dans la manière dont les enfants apprennent au quotidien ?

Je pense que Clevinoo peut aider les enfants à la compréhension et à la découverte du monde en plus du travail indispensable des parents et des professeurs.

Il peut fonctionner dans toutes les langues, ce qui lui donne vocation à accompagner des enfants bien au-delà de nos frontières.
De nombreuses nouvelles utilisations sont envisageables, j’ai déjà plein d’idées.
Il pourrait avoir le programme scolaire en cours pour chaque enfant, il pourrait faire traducteur, il peut accompagner les handicaps de comportement, lire des histoires…

Mais pour l’instant je me concentre sur l’essentiel : apporter à chaque enfant la connaissance à portée de voix pour développer son potentiel.

Jean-Marc Méléard
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