Portrait de Maker #83 : Clara Jouault

Designer et co-fondatrice de l’association EKLO, Clara Jouault est une visionnaire. Alliant ses deux passions : le Design et les missions spatiales habitées, Clara et ses 11 camarades avec qui elle a développé le projet Eklosion, vont envoyer dans quelques jours à bord de l’ISS, une capsule spécialement conçue pour la culture en apesanteur qui permettra à Thomas Pesquet de jardiner, d’observer la nature et de sentir des odeurs à 400km de la Terre.
Qui es-tu ?

Je suis Clara Jouault, designer et co-fondatrice de l’association Eklo qui développe le projet Eklosion.

En parallèle de tes études, tu fais partie des 12 étudiants designers, biologistes, commerciaux… de l’association EKLO. Ensemble vous avez développé et conçu la capsule Eklosion qui servira pour une expérience à bord de l’ISS. Quel cursus suis-tu actuellement et d’où te vient cet intérêt pour le projet EKLO, qu’elles ont été tes motivations pour rejoindre l’aventure ?

J’ai suivi un cursus de 5 ans en design à l’École de Design Nantes Atlantique. Le projet est né lors de mon année de Master 1 à Montréal. Avec 4 copains designers, partageant tous une passion commune pour l’Espace et les missions spatiales habitées, nous avons découvert le concours Génération ISS : un appel à projets pour les étudiants proposé par le CNES. Le brief était le suivant : réaliser un produit à envoyer dans l’Espace avec Thomas Pesquet lors de sa mission dans l’ISS en 2021. Imaginer et faire un objet, c’est dans nos cordes ! Nous avons donc décidé d’allier nos deux passions pour les consacrer à ce projet.

Comment est né le projet EKLO, en quoi consiste-t-il et quels sont les objectifs ?

Nous avons décidé de nous concentrer sur ce qui est important pour un humain confiné dans un espace clos pendant 6 mois : son bien-être psychologique. Sans accès à la nature et à ses proches, nous avons imaginé une capsule lui permettant de réveiller ses sens en s’occupant d’une fleur.

Les bienfaits du jardinage sont déjà prouvés scientifiquement dans l’Espace, alors nous y ajoutons notre touche. La capsule Eklosion contient donc 5 graines d’œillet d’Inde, qui s’épanouiront sous la main experte de l’astronaute français. Des cartons à odeurs sont cachés dans la capsule pour stimuler son odorat et retrouver des sensations proches de celles sur la Terre.

Qui sont les autres membres de l’association et quelles sont leurs spécialités ?

L’association est aujourd’hui composée de 12 étudiants et jeunes actifs. Chacun a sa spécialité : biologie, design, communication, vidéo, informatique, électronique… nous agissons avec nos compétences en les mettant au service de tous les aspects du projet. Nous formons un collectif passionné et heureux de pouvoir partager cette aventure ensemble et avec les autres !

La capsule Eklosion est spécialement conçue pour la culture en apesanteur. Qu’elles sont ses spécificités, comment fonctionne-t-elle ?

La capsule est divisée en quatre parties : la partie du haut contient l’électronique qui reproduit la puissance lumineuse nécessaire pour attirer la fleur vers elle et créer la photosynthèse. Le tube transparent au milieu constitue la deuxième partie dans laquelle la fleur va grandir, et Thomas Pesquet pourra la regarder. Des trous recouverts de membranes permettent à l’air de circuler.

La troisième partie est le pot contenant la fibre de coco et le substrat procurant les nutriments nécessaires à la croissance de la fleur. Une valve est collée à ce pot pour arroser les graines.

Enfin la dernière partie compartimentée est située en dessous du pot. Elle contient les cartons à odeurs, libérés par une bague tournant autour du tube. Ces quatre parties sont vissées et collées de manière étanche pour protéger les astronautes et la fleur. Nous avons fabriqué la capsule en polycarbonate transparent, un plastique recyclable et résistant.

Le développement d’une telle capsule demande des compétences et un savoir-faire pour respecter les normes et les contraintes du secteur aérospatial. De quels moyens et ressources avez-vous disposé pour développer et concevoir la capsule Eklosion ?

Ce projet a été mené en collaboration étroite avec le CNES, le Centre National d’Études Spatiales situé à Toulouse. Sous forme de réunions hebdomadaires à distance, nous avons découvert les normes et les réglementations strictes de l’Espace. Nous nous y sommes conformés avec le design de la capsule, en remplissant tous les dossiers nécessaires et en nous procurant les justificatifs demandés.

Pour la partie biologique, nous avons travaillé avec le GSMBS et le CNRS, qui nous ont accompagnés avec leur expertise dans la recherche biologique.

Pour la partie électronique, nous avons travaillé avec Seiko et AW Studio, qui ont relevé le défi de réaliser un PCB conforme aux restrictions de l’ISS et suffisamment puissant pour permettre aux fleurs de pousser.

Quelles ont été les étapes pour passer du prototype au modèle qui servira pour l’expérience à bord de l’ISS ?

Nous avons tout d’abord réalisé des maquettes en impression 3D pour tester les premiers assemblages et réaliser des tests avec la fibre de coco et l’électronique.

Dans un deuxième temps, nous avons fabriqué une première version de la capsule : le « Qualification Model ». Ce prototype nous a permis de réaliser tous les tests au CNES pour vérifier la conformité de la structure.

Enfin, nous avons fabriqué la capsule finale, le « Final Model ».

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

L’électronique a représenté un vrai défi technique : proposer un ensemble assez puissant pour éclairer des fleurs tout en respectant les réglementations dans l’ISS et en réduisant au maximum les pertes de lumière et en protégeant les yeux de l’astronaute.

La partie biologique a également été complexe à développer : étant impossible d’envoyer de la terre dans l’Espace, car elle ne peut être stérilisée, nous avons dû trouver un substitut qui garde l’eau et les graines en place : la fibre de coco.

Tous ces éléments ont fortement contraint le design de la capsule, qui se veut optimal et sécurisé pour l’astronaute.

Courant juin la capsule Eklosion va rejoindre Thomas Pesquet sur l’ISS. Il pourra alors jardiner, observer la nature et sentir des odeurs à 400km de la Terre. Comment cela va-t-il se passer pour vous et pour lui ?

Notre expérience, ainsi que les 11 autres expériences partant à bord de l’ISS pour la mission Alpha, sont inscrites dans le planning de Thomas Pesquet. Arroser la fleur et sentir les odeurs font donc partie de son programme, que nous suivrons de près. De note côté, nous allons profiter de ce moment riche en émotions pour communiquer et diffuser nos activités sur Terre.

Comment s’est fait la rencontre avec Thomas Pesquet, quelles ont été ses réactions en découvrant le projet ?

Nous avons rencontré Thomas Pesquet en juin 2019, lors du Salon du Bourget. Il faisait partie du jury de Génération ISS, il a donc sélectionné notre projet pour l’emmener à bord de l’ISS. Thomas Pesquet nous a fait part de son engouement à l’idée d’avoir une fleur avec lui dans la station, et suit de près l’évolution du projet. Il semblerait ainsi que l’idée d’élever une petite plante dans l’Espace lui ait particulièrement plu !

Comment envisagez-vous la suite une fois que la mission sera accomplie ?

Lorsque la mission sera accomplie, nous souhaitons continuer de communiquer sur la recherche spatiale et les impacts de notre expérience. Nous continuerons de mener nos actions sur Terre, en diffusant du contenu numérique, sensoriel et pédagogique pour sensibiliser le grand public sur la vie dans l’Espace, ce qu’elle nous apprend de nous-mêmes et de la vie sur Terre.

Nous serions ravis de connaître votre avis

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