Portrait de Maker #74 : Pierre Orefice

Passionné d’histoire, titulaire d’une maîtrise de sciences économiques et ancien élève de Sciences Po Paris, Pierre Orefice a été le producteur et l’administrateur de la compagnie de théâtre Royal de Luxe pendant une quinzaine d’années avant de devenir en 2007 le Directeur des Machines de l’île de Nantes et co-auteur du projet avec François Delarozière. Avec une carrière sous le signe de la culture et du spectacle, il ne cesse d’être créatif et travaille depuis plusieurs mois sur le projet le plus fou qu’il n’ait jamais réalisé et qui mettra la ville de Nantes en lumière de par le monde : L’Arbre aux Hérons.

Qui êtes-vous ?

Je m’appelle Pierre Orefice, j’ai 66 ans, je suis Directeur des Machines de l’île et co-auteur du projet avec François Delarozière.

Titulaire d’une maîtrise de sciences économiques et ancien élève de Sciences Po à Paris, c’est dans les domaines de la culture et du spectacle de rue que vous avez construit votre carrière. Quel a été votre parcours et d’où vous vient cet intérêt pour les arts ?

Alors, j’ai eu des bonnes fées sur mon berceau !

J’étais passionné d’histoire, j’ai eu un super prof… J’étais étudiant en prépa à Sciences Po Paris et je passais ma Maîtrise d’économie en même temps. J’ai fait mes deux premières années d’économie à Nancy à l’époque ou Jack Lang était le doyen de la Faculté de Droit de Nancy. Il a été mon prof de droit constitutionnel et était en même temps le Directeur d’un des festivals les plus fous qu’il y a eu en Europe : le festival de théâtre universitaire de Nancy qui a eu une sacrée renommée à tel point qu’il détrônait presque le festival d’Avignon. Ce festival présentait des créations universitaires mondiales et c’est là que je suis tombé dans la marmite du théâtre avec Jack Lang comme prof !

À partir de là, j’ai eu le virus du théâtre, j’ai commencé à aller au festival d’Avignon, à m’intéresser aux spectacles et au théâtre et puis au bout de cinq ou six ans d’études j’en avais marre, alors je me suis barré de Sciences Po Paris à quinze jours du diplôme et j’ai tout abandonné pour partir avec les copains aménager des péniches, faire le marinier…

C’est après que je suis allé à Toulouse où, avec un copain, on a monté un projet de café théâtre itinérant : 7 mois à Toulouse, 4 mois en itinérance, soit vers Bordeaux, soit vers Avignon. On y allait avec une péniche qui avait une salle de spectacle de 80 places dans les cales et une scène sur le pont. On avait aussi un bateau hôtel qui appartenait à un copain et qui logeait les artistes. C’est comme ça que nous faisions les tournées itinérantes qui se terminaient au festival d’Avignon. Là-bas, au lieu de faire du théâtre, on faisait du rock de minuit à six heures du matin. Les gens étaient gavés du théâtre et avaient besoin de se lâcher. On y faisait jouer plein de groupes et c’est là que j’ai connu ceux qui ont fait la Mano Negra et que j’ai rencontré le Maire de Toulouse.

Allant souvent à Barcelone, je suis tombé sur la compagnie de théâtre Royal de Luxe qui y faisait un spectacle de dingue. En rentrant, je suis allé voir le Maire de Toulouse pour lui proposer de monter un festival de théâtre de rue, comme à Barcelone. Le festival s’appelait Scènes de rues. Il y a eu trois éditions qui ont tout déchiré. Avec le Royal, on a passé l’autobus à la broche, on a créé l’histoire d’une péniche qui bouffait les bagnoles sur les boulevards et qui accouchait d’une petite péniche avec un scaphandrier. Ça s’appelait Les grands mammifères, c’était complètement dingue !

Au bout de quatre ans avec le café théâtre, j’ai décidé de tout arrêter, de transformer ma maison. Dans la même période, le Royal s’est installé à Toulouse, ma femme est devenue administratrice et moi producteur du Royal.

Ensuite ça a dégénéré avec l’équipe de Dominique Baudis (Maire de Toulouse) parce qu’il voulait interdire le festival et il ne donnait pas de subventions au Royal. Au même moment, nous étions programmés dans le « in » du le festival d’Avignon et on jouait au Palais des Papes « La véritable histoire de France » et donc on est parti en claquant la porte de Toulouse et on est venu s’installer à Nantes qui nous ont accueilli avec un pont en or ! Dans le même temps, on a fait un carton avec « La véritable histoire de France » au festival d’Avignon.

J’ai fait comme ça, 16 ans de production/administration pour la compagnie Royal de Luxe. Nous étions très proches avec Jean-Luc Courcoult, comme des frères. On est passé du théâtre à la manche à des tournées à l’internationale. La compagnie a joué dans plus de 48 pays, reconnue comme grande compagnie de théâtre dans le monde entier.

En 1998 j’ai décidé d’arrêter parce que j’avais un enfant et que j’en avais marre de voyager autant. J’étais lassé par tous les déplacements à l’étranger, tous les déplacements pour les repérages, j’avais envie de rester à la maison.

C’est alors que j’ai monté l’association Manaüs avec laquelle nous faisions des spectacles dans les villes-ports. Étant resté bons amis avec Christophe Salengro et toute l’équipe de Cargo 92, dont j’ai été initiateur et le directeur de l’opération pour Le Cargo Melquiades-Ville de Nantes,  les équipes du Groland et de Canal+ nous ont proposé de produire toutes les sorties extérieures du Groland. À chaque fois que le Groland était hors des murs avec des tournages particuliers, c’était moi et mon équipe qui prenions en charge la production et là, on en a fait des conneries inimaginables, c’était le plein boum de Canal+.

En même temps, avec François on rêvait de faire une histoire qui nous ressemble, qui serait à nous. C’est à ce moment que nous avons inventé le projet des Machines de l’île en 2000.

Comment vous êtes-vous rencontré avec François Delarozière et comment est née l’idée d’un tel projet, qu’elle a été le point de départ de l’aventure ?

J’ai rencontré François quand j’étais Producteur du Royal. Il travaillait aussi pour la compagnie dont il est devenu le directeur technique. On a longtemps travaillé ensemble pour le Royal, de là, est né une grande histoire d’amitié et de boulot.

Quand on a quitté le Royal avec François, nous avions envie de faire un truc à nous, quelque chose qui nous ressemble. En 2000 on a inventé le projet des Machines de l’île. En 2001 nous avons présenté le projet au Maire de Nantes qui a trouvé que c’était très bien. En 2004 un contrat était signé avec Nantes Métropole et en 2007, on ouvrait la première tranche des Machines avec : l’éléphant, l’atelier et la galerie. En 2012 nous avons inauguré le Carrousel des mondes marins et en 2024, 2025 ce sera au tour de l’Arbre aux Hérons !

En 2016 l’univers des Machines de l’île, le mouvement des Makers et la communauté de Burning Man se sont rassemblés à Nantes pour la première édition de Nantes Maker Campus. Pourquoi organiser un tel événement et dans quel but ?

Un jour, Sherry Huss et Bertier Luyt sont venus me voir dans mon bureau pour me dire que nous étions les plus grands Makers du monde. Ils voulaient que Les Machines de l’île produise une Maker Faire qui lui ressemble.

De là, nous sommes partis à New York où nous avions une tribune pour y présenter notre travail. On y a découvert l’univers des Makers qui nous a fascinés et nous avons rencontré plein d’artistes. On est rentré et j’ai inventé le concept de Nantes Maker Campus en collaboration avec Bertier. On voulait avec Sherry, une Maker Faire qui ressemble aux Machines, alors on a réfléchi pour faire venir des artistes constructeurs et on a imaginé quelque chose à la croisée de ces deux mondes. Nous avons mélangé des spectacles avec des performances et des rencontres insolites, avec des artistes venus de partout dans le monde. Tout ça a fait naître le concept de Nantes Maker Campus avec le village des Makers et le campement d’artistes !

Comme on parlait beaucoup de Burning Man, on leur a proposé de faire une exposition et surtout nous avons fait venir trois, quatre artistes, dont les Twins Serpents. Comme l’araignée était là, nous avons fait une nocturne complètement mémorable, démentielle. Pour l’occasion, Marian Goodell, la patronne de Burning Man était présente avec son staff et ils sont tombés dingues de cette histoire. C’est comme ça que Marian m’a invité avec ma femme à Burning Man en 2017. Lorsque nous y sommes allés, ils avaient l’idée derrière la tête d’organiser à Nantes, le prochain sommet européen de Burning Man qui a lieu tous les ans en Europe. De fil en aiguille, nous avons monté l’ELS (Burning Man European Leadership Summit) et ça a été une rencontre complètement folle. Cela nous permit de tisser des liens vraiment fort avec l’équipe de Burning Man.

Pour nous, c’est l’Amérique qu’on aime bien, l’Amérique inventive, elle ne ressemble pas du tout au fonctionnement des artistes chez nous et c’est ça qui nous intéresse. J’ai adoré aller à Burning Man, j’y ai découvert des super artistes et notamment la roue « Charon » de Peter Hudson que nous allons faire venir en 2022. J’ai vraiment pris une claque là-bas et le fait de tous les revoir à Nantes c’était génial. Il ne faut pas laisser ces liens en friches. C’est pour ça que nous voulons continuer de travailler avec eux et que nous allons faire venir l’oeuvre que j’ai préférée quand j’y étais : la roue « Charon » avec les squelettes.

D’une année à l’autre, nous avons continué avec Makeme qui, de plus en plus prend le motoring de l’événement, c’est-à-dire qu’ils recherchent des Makers et ensemble on lève le contenu du campement d’artistes. On mixe les deux et ça fait un mélange super intéressant. On fait des réunions passionnantes pour essayer de trouver comment on peut escompter les gens encore mieux d’année en année. Cet événement nous fait rêver !

Malgré l’effondrement de Maker Faire US, nous avons gardé la formule qui s’appelle maintenant Nantes Maker Campus. Nous sommes sortis d’une très triste histoire avec leur partenaire français avec qui on ne s’est pas du tout entendu, car tellement collé à une rentabilité immédiate qui ne nous permettait pas de rêver. Nous avons donc arrêté de travailler avec eux tout en restant amis avec Sherry Huss qui, elle aussi, a quitté Maker Faire et continue en coulisse à oeuvrer pour le mouvement des Makers. Nantes Maker Campus est aujourd’hui un label « Nanto Rennais » et ensemble on essaye tous les ans sauf cette année, d’étonner les gens, de les faire rêver !

Depuis plusieurs années, vous travaillez sans relâche sur un projet qui va mettre la ville de Nantes et Les Machines de l’île en lumière de par le monde, il s’agit du projet de l’Arbre aux Hérons. Pouvez-vous nous en dire davantage sur l’avancement du projet, quelles sont ses spécificités ?

Nous serons fixés le 3 décembre. De toute façon l’histoire est déjà partie parce que l’Arbre aux Hérons doit se trouver dans une carrière incroyable de granit noir qui a un microclimat plein sud, un vrai écrin pour l’arbre. Il y a déjà un magnifique jardin extraordinaire de construit et aussi un grand escalier qui part du haut des falaises qui sont à 28 mètres de hauteur et qui descend pour se retrouver face à un grand cercle vide qui va accueillir l’Arbre aux Hérons.

Il y a déjà eu 9 millions de dépensés sur les pré-études et le lancement du projet. Nous avons créé un fonds de dotation qui nous a permis de collecter près de 6 millions d’euros auprès d’entreprises et de particuliers. Nous avons dû construire un Héron pour valider comment faire tourner un héron à 30 mètres du sol avec des gens dedans, mais aussi pour réaliser des tests techniques au niveau du sol avant d’aller le planter en haut de l’arbre.

Maintenant, nous sommes à un point de non-retour, mais il faut cadrer cette opération financièrement et dans son timing. Johanna Rolland doit arrêter une décision de Nantes Métropole. Ensuite il y aura un vote du conseil communautaire de Nantes Métropole puis un marché de conception/réalisation qui sera signé entre Nantes Métropole et un groupement qui est constitué de la compagnie La Machine qui va piloter la construction, de François et moi. Voilà où nous en sommes ! C’est le projet le plus fou que nous ayons imaginé. J’espère que nous allons réussir et qu’il va donner une visibilité mondiale à Nantes.

Si vous deviez choisir le plus beau souvenir de votre carrière, quel serait-il ?

Je pense que l’histoire la plus folle c’était celle de Cargo 92. Une histoire comme ça c’était de la folie et je ne sais pas si aujourd’hui cela serait possible. À Nantes, là où j’ai pris le plus de plaisir, c’est pour la soirée de clôture de la première édition de Nantes Maker Campus qui était pour moi, un pari de ne rien orchestrer, de tout lâcher en même temps !  Il y a eu des rencontres avec l’éléphant et l’araignée, la valseuse de Jordà Ferré et les ballons, et aussi la boule de feu… c’était magique et pourtant j’en ai organisé des événements !

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