Portrait de Makers #64 > Benoît Vallauri

Facilitateur, animateur et passionné, Benoît Vallauri est depuis toujours intéressé par les pratiques coopératives et horizontales, et par le Faire. Impliqué dans des communautés créatives et ouvertes, comme Museomix, Biblioremix, ou LabEnbib, Benoît est aujourd’hui le responsable du Ti Lab : le laboratoire régional d’innovation publique, dont le but est de miser sur l’intelligence collective et donner une place centrale aux usagers pour améliorer les services publics.

Qui êtes-vous ?

Je m’appelle Benoît Vallauri. J’ai toujours été intéressé par les pratiques coopératives et horizontales, et par le Faire ensemble. Je suis engagé dans plusieurs démarches de ce type, entre la Culture, la fabrication, l’innovation sociale. Professionnellement, je suis aujourd’hui responsable, facilitateur, animateur et concierge d’un laboratoire d’innovation public, le Ti Lab. Un laboratoire d’innovation publique est un espace où l’on tente de fabriquer de nouvelles politiques publiques avec d’autres méthodes que celles des organisations classiques, et à favoriser les coopérations sincères et la participation des personnes par l’action expérimentale.

Diplômé en économie, vous occupez aujourd’hui le poste de responsable du Ti Lab. Pouvez-vous nous en dire davantage sur votre parcours ?

Professionnellement, mon parcours assez diversifié. J’ai travaillé dans le privé, du secteur bancaire à la restauration, dans l’éducation populaire, et dans l’enseignement.

J’ai intégré le département d’Ille-et-Vilaine sur des missions liées à la médiation numérique et sociale et culturelle. Ces choix m’ont conforté dans ma volonté de travailler pour l’intérêt général, mais aussi parce que c’est dans ma nature, d’y mener des actions expérimentales, parfois un peu hors du cadre.

Parallèlement, je me suis impliqué dans des communautés créatives et ouvertes, comme Museomix, Biblioremix, ou LabEnbib, par exemple. J’y ai beaucoup appris, au croisement des pratiques coopératives, de la fabrication numérique, de la facilitation des actions de groupe, et de l’animation de communauté d’action.

Mon souhait de trouver un cadre d’actions mettant en relation l’intérêt général, les pratiques de coopération, la participation des gens, la création de communs, et l’expérimentation a rencontré la volonté de structures publiques de monter un Lab Public. Je tente d’y accompagner au mieux des projets bénéfiques pour les Bretons, et de construire des ponts entre tous les acteurs.

Porté par la Région Bretagne et la Préfecture, le but du laboratoire régional d’innovation publique Ti Lab est de miser sur l’intelligence collective et donner une place centrale aux usagers pour améliorer les services publics. Comment est né ce projet et quelles sont les actions mises en place par le Ti Lab ?

À l’origine de ce projet, un appel national à créer des laboratoires de politiques publiques sur les territoires, avec un financement d’amorçage. La spécificité bretonne a conduit la Préfecture de Région à y répondre en collaboration avec la Région Bretagne. Le Ti Lab s’est donc monté d’abord de manière expérimentale. Une communauté d’agents publics a participé à en définir les objectifs, les valeurs, la manière de fonctionner et de décider. C’est donc un laboratoire d’intérêt général créer par des agents publics pour les usagers des services publics. Le Ti Lab bénéficie dans ce cadre d’une confiance à priori, et d’une certaine liberté pour agir, avec des territoires complices, et en intégrant au maximum les habitants à ses projets.

Les projets que le Ti Lab accompagnent sont très divers : accès aux droits et dématérialisation, formation, emploi, mobilité, égalité femmes-hommes… C’est avant tout un espace de coopération, de recherches exploratoires, de créativité et d’expérimentation de prototypes de solutions.

Ce qui en sort, c’est tout à la fois des préconisations pour des nouvelles politiques publiques, et les résultats de nos expériences pour que les organisations puissent les développer pour tous les citoyens-usagers des services publics.

Le Ti Lab est aussi un hub de réseau, et facilite la connaissance de nombreuses personnes et acteurs. Il organise aussi des formations-action, et participe à des travaux de recherche sur l’innovation publique.

Ces dernières semaines les Makers ont montré un bel exemple de solidarité et d’innovation en fabriquant en urgence des visières de protection imprimées en 3D pour les personnels soignants. Quelles ont été vos réactions au sein du Ti Lab ?

Oui, les Makers, les couturières et de nombreuses personnes se sont impliquées fortement dans des actions importantes de fabrication de matériels, mais aussi de liens et de solidarité, pour faire face aux manques et aux pénuries. Ils se sont révélé être de véritables « citoyens fabricants ».

Le Ti Lab s’est proposé en coopération auprès des services de la Région Bretagne et des Makers pour être une interface avec les pouvoirs publics. En effet, les modes de fonctionnement des Makers sont très horizontaux, et ne sont pas toujours compréhensibles par les administrations, qui n’ont pas ce mode de fonctionnement. Il me semblait important de  révéler ce qui se passait, et faciliter les relations et la connaissance entre les groupes de Makers, les FabLabs associatifs, les FabLabs plus institutionnels, et les petites et moyennes entreprises proches des Makers. Cette coopération ne va pas forcément de soi.

Grâce à de nombreuses prises de contact, en organisant des ateliers de coopération ouverts, et en mettant en relation les initiatives, le Ti Lab a assuré une certaine forme de coopération des personnes et des acteurs à un niveau régional. Il a permis de faire remonter des chiffres, qui ont pu être utilisés par la Région Bretagne pour décider l’attribution d’une subvention afin de compenser les productions de matériels et des frais engagés par les Makers et des FabLabs. Je tiens à souligner que peu de collectivité l’ont fait en Bretagne, et que c’est, au-delà du financement, une vraie reconnaissance de la mobilisation. Cette subvention a été versée à trois acteurs relevant de l’intérêt général, pour être redistribuée aux Makers : le LabFab de Rennes pour le 35 et le 22, la Fabrique du Loch pour le 56, et l’ENSTA pour le 29.

Enfin, le Ti Lab mène toujours des ateliers ouverts autour des perspectives de coopération entre Makers et Fablabs. Je prépare une synthèse globale qui sera partagée ouvertement.

La Région Bretagne a soutenu ce mouvement d’intérêt général porté par les Makers et les FabLabs bretons en leur octroyant une subvention pour reconstituer leurs stocks et les aider à aller plus loin dans leur organisation. Pensez-vous qu’une coordination régionale des Makers est envisageable et si oui sous quelle forme ?

En l’état actuel des échanges des groupes, cette idée est ressortie. Il semble en effet nécessaire de renforcer les interactions entre Makers eux-mêmes, et avec et entre des Fablabs très hétérogènes. La crise a aussi permis d’identifier des collectifs dans les territoires, loin des Fablabs existants. Le lien entre FabLab organisé et Makers indépendant, qui a fait la force de la mobilisation bretonne, doit aussi être intégré à la réflexion.

Le Ti Lab a joué le rôle qu’une structure aurait pu jouer, certainement. En effet, si les acteurs souhaitent globalement aujourd’hui un modèle de type « fédéral » à l’échelle de la région, ce n’est pas forcément le modèle mis en place dans d’autres régions, qui privilégie souvent les gros acteurs.

En Bretagne, on s’orienterait vers un modèle plus déconcentré, plus « agile », et reconfigurable en fonction des coopérations possibles. Plus « Breton » finalement :). Mais il faut, à mon sens, des personnes pour s’en occuper et cultiver les coopérations, et cela pourrait relever d’une structure, mais qui doit être co-construite, en réseau, équitable, et au service des acteurs et pas le contraire. Nous pouvons constater aujourd’hui que la capacité collective des acteurs et des personnes mobilisés pour répondre aux enjeux matériels lors de cette crise est fortement dépendante de l’interconnaissance des individus, des réseaux, et des ressources préexistantes. Le territoire influence ainsi réellement la capacité d’engagement des acteurs.

Pour conclure de mon côté, si l’on voulait bâtir sur ce qui s’est passé pour « l’après » et valoriser réellement la mobilisation des « citoyen.ne.s fabriquant.e.s », il faudrait travailler sur 3 points :

1/La reconnaissance de la Participation en actes, celle qui passe par l’action réelle au service de l’intérêt général.

2/La reconnaissance des formes locales, mais aussi « sans lieux » formels des actions menées et en cultiver les liens par une coopération organisée en réseau.

3/Et enfin, découlant de cela, une réflexion globale sur la mise en place d’un cadre, voire d’une réglementation reconnaissant un réel partenariat « Public Commun », à l’exemple de pays nordique ou de l’Italie.

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