Anthony Bordron est designer global indépendant, diplômé de l’école Boulle, basé à Rezé près de Nantes. Faiseur d’outils et d’objets dans l’âme, il puise ses racines dans une famille de mécanos et d’artisans qui lui ont inculqué l’amour du travail manuel, de la fabrication et de la réparation. Profondément ancré dans une démarche low-tech et écologique, il conçoit des objets simples, biosourcés et réparables par tous. C’est de cette philosophie qu’est né VLOTEK, un kit en bois fabriqué en Loire-Atlantique qui transforme n’importe quel vélo classique en longtail cargo — 5 fois moins cher et 3 fois plus léger qu’un vélo cargo électrique. Une campagne de financement participatif sera très prochainement lancée sur Ulule pour financer la première série industrielle, avec une prévente à 599 € pour les 100 premiers contributeurs.
Qui es-tu ?
Je suis Anthony Bordron, 48 ans, en couple avec Séverine, la mère de mes 2 enfants, un sapiens faiseur d’outils et d’objets ;). Designer global (produit/print/web) indépendant basé à Rezé, près de Nantes. Je suis diplômé de l’école Boulle, notamment en design produit. Je suis profondément ancré dans une culture des arts appliqués depuis mes 15 ans, où le sens et l’esthétique sont indissociables de la matière, de l’usage et de l’évidence à portée humaine.
Quel a été ton parcours et comment en es-tu venu au design et au « faire » ?
Un peu comme Obélix… j’ai toujours eu un besoin viscéral de comprendre comment tout fonctionne, comment les objets sont faits… et plus particulièrement tout ce qui a 2 roues. Depuis que je suis en âge de tenir un tournevis, j’ai toujours tout démonté, et inventé/transformé/détourné des objets parce que je crois que beaucoup de ceux qui m’entourent ne me conviennent pas ou sont mal foutus.
À 6 ans, j’ai passé 18 mois sans pouvoir marcher, ni pouvoir monter sur un vélo, alors j’ai commencé à dessiner et à m’évader via un crayon. J’ai eu la chance d’avoir un père mécano agricole à la base, pour finir monteur/régleur dans la mise au point de machines spéciales dans l’automatisation des lignes de production. Un touche-à-tout, capable de réparer la plupart des machines et engins… et un garage avec du matos pour bosser le métal en presque libre-service pour moi. Si tu ajoutes à ça un oncle menuisier/charpentier avec un atelier quasi à dispo le week-end… je crois que tu as l’origine de mon parcours, où j’ai réussi aujourd’hui à tout combiner/remixer pour en faire mon IKIGAI… Vlotek.
Concevoir des objets utiles et concrets tout simplement, c’est ma façon d’apporter des solutions tangibles aux défis d’un tas de sapiens qui tourne sur un gros caillou.
Quelle place occupent l’écologie et le low-tech dans ta démarche aujourd’hui ?
C’est le socle absolu de mon travail. Je déteste le gaspillage, et je suis issu d’une famille modeste. Mes grands-parents étaient métayers et agriculteurs, et le « bon sens paysan », pour moi, ce n’est pas juste une expression toute faite. Aujourd’hui, on doit réapprendre l’art de faire simple, plus soutenable, avec moins de complexité tout en restant désirable. C’est l’essence de la low-tech ! J’utilise un maximum ce que j’ai sous la main, des matériaux biosourcés et locaux pour concevoir des objets que l’utilisateur peut comprendre, entretenir et réparer lui-même, en s’affranchissant du superflu et des dépendances.
Comment est né le projet PAILLEline et qu’est-ce que cette expérience t’a apporté ?
Le projet est né en 2020, en plein confinement, avec Séverine Rommé, ma compagne. C’était le grand retour du vélo et on s’est mis à rêver au « monde d’après ». L’idée était d’offrir aux cyclistes et aux collectivités une solution rapide, économique et écologique pour aménager des pistes cyclables temporaires. Nous avons conçu des séparateurs de voies en bottes de paille : 100 % biosourcés, modulables, zéro déchet et végétalisables. Cette aventure m’a prouvé qu’avec une démarche citoyenne et locale, on peut impacter l’espace urbain de manière forte et immédiate, même en situation de crise.
Tu es le fondateur de VLOTEK : comment est née l’idée de ce projet ?
Tout part d’un besoin personnel : comme beaucoup de parents, je voulais transporter mes 2 enfants et mes affaires à vélo sans me ruiner, ni ruiner la planète. Le marché propose de superbes vélos cargos électriques, mais ils sont lourds, chers, bourrés de technologie (souvent plusieurs milliers d’euros, le prix moyen est de 4 200 €), gourmands en ressources non renouvelables, fabriqués dans des contrées lointaines et dans des conditions environnementales et humaines souvent délétères. En parallèle, je savais que 2/3 des Français possèdent un vélo classique qui dort au garage ou à la cave. Alors j’ai compilé mes savoir-faire et mes passions pour proposer une solution qui soit alignée avec ce qu’est pour moi un vélo, à savoir un objet utile, simple, sobre, durable et abordable !
En quoi ton kit transforme-t-il concrètement l’usage du vélo au quotidien ?
Le kit VLOTEK LT est une extension en bois qui vient rallonger ton vélo classique, que tu possèdes déjà, pour le transformer en longtail (vélo cargo allongé). En quelques coups de clé, tu offres une seconde vie à ton vélo et tu peux te convertir au vélo cargo sans te ruiner, ni ruiner la planète !
Qu’est-ce qui différencie VLOTEK des autres solutions de vélos cargo ?
Ce qui nous différencie radicalement, c’est le choix d’une mobilité accessible : le kit est fabriqué en contreplaqué de pin maritime de classe 3 (certifié PEFC, issu des forêts landaises). Le bois capte le carbone et absorbe naturellement les vibrations de la route pour un grand confort de conduite. Le kit complet pèse 11 kg, c’est 3 fois moins lourd qu’un longtail électrique et 4 fois moins qu’un triporteur. Il permet de transporter jusqu’à 55 kg (ou deux enfants) de manière sécurisée. Zéro batterie, zéro moteur, très peu de métal. Il est conçu pour s’adapter à environ 80 % des vélos classiques équipés de freins V-brake, avec des roues de 26″ à 28″, sur des cadres en acier ou en aluminium.
Le projet est né de ton expérience personnelle : en quoi cela a influencé sa conception ?
Probablement une sorte d’alchimie et/ou d’un curieux mélange de besoin familial concret, de contrainte budgétaire et écologique, d’une observation et d’une connaissance du monde du vélo mixé à mon ADN de sapiens designer maker avec l’objectif de faire simple et frugal 😉
Tu t’apprêtes à lancer une campagne de financement sur Ulule : où en est le projet et quelles sont les prochaines étapes ?
La campagne Ulule est prévue pour le 19 mai 2026. C’est le grand saut : elle va nous permettre de financer notre première série industrielle et d’ouvrir une ligne de production en Loire-Atlantique. Le kit y sera proposé en prévente à 599 € pour les 100 premiers contributeurs (avant de passer à 699 €), pour prouver qu’un vélo cargo peut être abordable, produit localement avec une empreinte environnementale très réduite.
Comment imagines-tu la mobilité de demain et la place de projets comme VLOTEK ?
J’imagine une mobilité qui redonne un peu le pouvoir aux cyclistes. Une mobilité apaisée où les objets de déplacement sont faits pour durer, fabriqués localement, sans dépendre de technologies impossibles à réparer. Des projets comme VLOTEK remettent en avant l’essence même du « vélo populaire » : des solutions inclusives et durables qui nous éloignent de la sur-complexité, de la surconsommation pour nous reconnecter à la simplicité.