
Lise Frier s’est tournée vers l’univers maker après avoir trouvé dans la low-tech une approche alliant réflexion, pratique et engagement environnemental. Formée au sein de CréaCode Lab, elle crée « La Bidouille », un FabLab itinérant à vélo en Normandie, pour rendre le faire accessible au plus grand nombre. À travers ses ateliers, elle accompagne notamment les jeunes dans la découverte du bricolage, de l’expérimentation et de l’autonomie. Aujourd’hui, elle poursuit le développement de ses projets autour du réemploi, avec une filière Precious Plastic et des Repair Cafés itinérants, et participe à l’organisation de L’Atelier des Makers.
Qui es-tu ?
Je m’appelle Lise. Après plusieurs cursus scolaires infructueux, j’ai décidé, il y a 2 ans, d’intégrer l’univers maker et d’en faire mon métier. Cela fait 1 an que j’ai créé ma structure « La Bidouille » en vélo itinérant sur une collectivité de près de 20 000 habitants.
Peux-tu nous raconter ton parcours et comment tu es arrivée dans l’univers des Makers et de la bidouille électronique ?
Au début de mes études supérieures, j’ai découvert ce qu’est la Low-Tech. Je pense que j’ai trouvé dans cette démarche ce que je cherchais dans mes études : des projets qui mélangent un côté réflexion et un côté manuel. Le tout, avec une valeur environnementale. En creusant le sujet, je suis tombée sur la communauté maker, qui me paraissait comme une évidence. Je savais que j’avais trouvé ce que je voulais faire : créer un FabLab. Il ne manquait plus qu’un plan pour réaliser ce projet.
Qu’est-ce qui t’a motivée à créer La Bidouille et à animer des ateliers autour des outils d’un FabLab ?
J’ai toujours voulu apprendre à bricoler. Malheureusement, je n’ai pas eu accès à un lieu pour tenter mes expériences étant plus jeune. La première fois que j’ai mis les pieds dans un FabLab, j’ai tout de suite compris l’importance de donner accès à ce genre de lieu au maximum de personnes. J’ai ensuite pu faire un service civique de 8 mois à CréaCode Lab. J’y ai découvert le partage, l’entraide et l’inclusion, qui sont des valeurs importantes à mes yeux. Après cette belle expérience, j’ai décidé de retourner dans ma région d’origine, la Normandie. Pour continuer l’aventure, il me fallait créer ma structure : La Bidouille.
Tu as travaillé sur des projets variés, comme la création de robots, d’objets électroniques et même une borne d’arcade. Lequel t’a le plus marquée et pourquoi ?
Le projet le plus marquant est celui de la création d’une borne d’arcade. J’ai eu la chance d’en construire une pour CréaCode Lab. J’ai utilisé ces connaissances pour monter mon premier atelier accueillant des jeunes. Pour la plupart, ils n’avaient jamais touché à un outil de bricolage. Les voir prendre confiance en eux, avoir l’envie de persévérer et la fierté dans leurs yeux quand ils ont enfin pu jouer à la console, c’est ce qui me donne envie de continuer dans ce que je fais !
Comment intègres-tu la sensibilisation à l’environnement et aux bons usages du numérique dans tes ateliers ?
Mes ateliers s’adressent principalement aux jeunes. Le bon usage du numérique passe par une discussion avec eux. Comprendre, sans jugement, ce qu’ils font avec. Les jeunes sont souvent bien conscients de leur usage. Ils finissent par trouver eux-mêmes ce qu’ils doivent changer ou non. Ayant le rôle d’un adulte extérieur (ni un parent, ni un prof), je pense qu’ils se confient plus simplement et je peux aussi, plus facilement, leur apporter des astuces pour « faire mieux ».
La protection de l’environnement fait partie des valeurs de la structure. Il y a, dans le fonctionnement même de la structure, une sensibilisation à l’environnement : usage de matériaux de seconde main (carton d’emballage, bois de palette, …), les machines et outils du Lab sont de seconde main, l’impression 3D est utilisée en toute conscience. De manière générale, les projets proposés doivent avoir un impact environnemental et sociétal positif.
Peux-tu nous parler de ton expérience en Service Civique chez CréaCode Lab et des projets comme « Mardi Repar’Tout » ?
Avant de me lancer dans la création de ma structure, j’ai démarché plusieurs FabLabs pour qu’ils me prennent en stage afin de comprendre comment ces lieux fonctionnent. CréaCode Lab m’a donné cette chance. Et encore mieux, au lieu de décrocher un stage d’une semaine, j’ai eu un service civique de 8 mois !
Arnaud, le responsable, m’a laissé mettre en place un projet de repair café. J’en ai eu l’entière responsabilité. Cela m’a permis de monter en compétences et de me donner les clés nécessaires pour monter mes propres projets par la suite. Ces ateliers continuent même après mon départ et fonctionnent vraiment bien ! La mise en place de ces ateliers a même été récompensée par la fondation Crédit Coopératif !
J’ai eu bien d’autres tâches lors de ce service civique, comme l’accompagnement des jeunes lors des stages et permanences, l’animation du stand de l’asso lors de conventions, la création de trophées, et bien plus encore. Arnaud m’a transmis toutes les clés nécessaires pour monter ma structure. Merci à lui.
Quelles compétences ou valeurs cherches-tu à transmettre aux participants de tes ateliers ?
Brièvement, cela pourrait se résumer en une phrase : rater est une façon d’apprendre. L’idée est également de redonner la connaissance et la confiance au plus grand nombre, réapprendre à faire soi-même et de ne pas avoir peur d’essayer, même si ça ne fonctionne pas à la fin.
Tu fais partie de l’organisation de L’atelier des Makers du 10 au 12 avril. Que peux-tu nous dire sur cet événement et ce que vous avez prévu pour le public ?
Nous sommes partis du constat qu’en convention, les makers n’ont jamais le temps d’échanger, car trop pris sur leurs stands respectifs. Ici, nous avons 1 jour ouvert seulement aux makers et 2 jours au public. La journée entre makers nous servira à échanger sur nos différentes techniques, projets, difficultés… Les 2 autres jours seront ouverts au public, et nous sommes très fiers d’avoir créé un événement comme celui-ci en ruralité. D’ailleurs, les inscriptions sont toujours ouvertes, n’hésitez pas à vous inscrire.

Comment vois-tu l’évolution de ton travail et de tes projets pour les prochaines années ?
Il y a 2 gros projets en cours : le premier, c’est la fabrication d’une remorque pour transporter mon matériel. En effet, je suis en itinérance à vélo. Actuellement, j’ai une petite remorque en bois, mais je commence à en voir les limites. Il va falloir l’agrandir.
Le deuxième gros projet, c’est le développement d’une filière Precious Plastic et d’ateliers de sensibilisation aux déchets. En avril prochain, je lance également des ateliers Repair Café itinérants sur mon territoire.
Qu’est-ce qui te passionne le plus dans ton métier et dans la communauté des Makers ?
J’aime ce côté coopération, entraide, partage des connaissances et savoir-faire. Je pense que c’est ce qui me donne envie de continuer dans cette voie-là.