Portrait de Makers #197 : Suzie Roux et Léo Girard

Suzie Roux et Léo Girard sont diplômés d’un master en design graphique (2025) et ont fondé LS Studio, où se rencontrent leurs pratiques complémentaires : Suzie explore la création numérique et le hacking pour concevoir des outils accessibles, tandis que Léo travaille l’image fixe pour des affiches, pochettes et visuels de concerts. Ensemble, ils mêlent graphisme, web design et dispositifs interactifs, en expérimentant avec des mécanismes anciens et les nouvelles technologies. Leur projet Les Serinettes, présenté au festival Visiophare aux Ateliers du Vent à Rennes, permet aux visiteurs d’actionner un système rotatif sur rétro-projecteur pour créer des effets optiques uniques. LS Studio continue d’explorer la vidéo-projection, les dispositifs interactifs et la scénographie participative, tout en rendant leurs créations ouvertes et collaboratives.

Qui êtes-vous ?

Nous sommes Suzie Roux et Léo Girard, tous deux diplômés d’un master en design graphique depuis juin 2025. Nous avons des parcours différents : Suzie se tourne vers la création numérique et la programmation informatique, tandis que Léo travaille l’image fixe avec la création de visuels pour des affiches de concert, des pochettes d’album et du merchandising. Ces deux pratiques distinctes se retrouvent au sein de LS Studio pour proposer des identités graphiques singulières et des dispositifs interactifs à la frontière de l’image animée et fixe.

Pouvez-vous nous raconter la genèse de LS Studio et ce qui vous a donné envie de le créer en 2024 ?

Après plusieurs projets en collaboration pendant nos études, nous avions envie de créer un studio réunissant nos pratiques analogiques et numériques autour d’une passion commune : la musique. Nous avons commencé par la création d’affiches pour les concerts que nous organisons, puis est rapidement venue l’envie d’introduire des dispositifs interactifs dans l’espace scénique. LS Studio se concrétise à la sortie de nos études avec des projets de graphisme et de web design, tout en poursuivant notre implication dans la scène musicale avec des expérimentations autour de la vidéo-projection et des dispositifs interactifs.

Comment décririez-vous la philosophie et l’approche créative de LS Studio ?

LS Studio a une approche expérimentale, car les façons de faire cohabiter nos pratiques sortent souvent des cadres de productions traditionnels. Nous sommes régulièrement amenés à fabriquer nos propres outils et dispositifs, et à trouver des alternatives aux systèmes onéreux et fermés. Cela nous pousse vers des pratiques plus manuelles et à puiser dans des mécanismes obsolètes, ce qui donne des formes hybrides et surprenantes, dont les systèmes sont ouverts et disponibles pour qui le souhaite.

Vos pratiques croisent graphisme, web design et creative coding. Comment ces disciplines se rencontrent-elles dans vos projets ?

Nous parvenons à trouver une complémentarité dans nos pratiques. Lorsque nous concevons un projet, nous définissons la forme ensemble, puis Léo s’occupe de la partie graphique tandis que Suzie se concentre sur l’aspect technique. Il y a de nombreux échanges et allers-retours, et de nouvelles idées viennent très souvent s’ajouter à l’idée de base, ce qui amène naturellement une évolution de la forme.

Léo, tu développes des vidéoprojections inspirées des liquid light shows des années 70. Que cherches-tu à transmettre au public ?

À l’origine, j’ai commencé le liquid light show pour accompagner des concerts, pour compléter l’expérience du moment et apporter une dimension visuelle souvent délaissée dans les productions do it yourself. La dimension manuelle du liquid light est très importante : elle permet à tous de produire ces formes organiques et psychédéliques et d’obtenir un résultat spectaculaire avec relativement peu de moyens. Je cherche aujourd’hui des façons de faire interagir le public avec le liquid light dans des formes innovantes.

Suzie, tu explores le détournement d’objets et le hacking pour créer des outils numériques accessibles. Comment cela nourrit-il tes projets collaboratifs ?

Mes expérimentations autour du détournement d’objet et du hacking sont pensées pour être partagées et transparentes. La documentation est une partie à laquelle j’accorde beaucoup d’importance et elle est systématiquement présente et présentée dans le projet. Le hacking est une pratique qui se veut collaborative, et j’ai souvent recours à des tutoriels pour certaines parties de mes projets. Il me semble naturel de rendre mes recherches ouvertes et accessibles.

Vous mettez l’accent sur la collaboration avec différents publics. Quel rôle jouent-ils dans la création de vos projets ?

Tout part de notre expérience des concerts, où le public reste spectateur de la scénographie et n’interagit pas avec. L’idée fut de proposer une expérience plus globale de ce moment en permettant au public d’actionner lui-même des dispositifs au sein de la scénographie. Les pièces dépendent du public pour fonctionner, et nous prenons en compte cette caractéristique dès les premières étapes de conception pour trouver une forme intuitive et invitante à l’interaction.

Cette année, vous participez au festival Visiophare aux Ateliers du Vent à Rennes. Que représente cet événement pour LS Studio ? Pourquoi avoir répondu à l’appel à projet ?

Nous sommes très heureux de participer au festival Visiophare, car c’est un événement que nous suivons depuis sa création et qui propose chaque année des créations originales. Cette année, nous avons eu l’occasion de répondre à l’appel à projet pour proposer un module animé adapté au rétro-projecteur Visiophare. La philosophie du Visiophare nous a beaucoup inspirés quand nous nous sommes intéressés à la projection et à la fabrication DIY, et Les Serinettes se veut être un projet accessible, facilement modifiable et reproductible.

Vous y présenterez Serinettes. Pouvez-vous nous expliquer ce projet et ce que les visiteurs pourront découvrir ?

Les Serinettes est un dispositif placé sur un rétro-projecteur permettant d’actionner un système rotatif créant des effets optiques sur le mur. Les visiteurs sont invités à activer Les Serinettes grâce à une manivelle et pourront également choisir de “changer de disque” parmi un panel d’effets inspirés par le moiré.

Quelles directions souhaitez‑vous explorer avec LS Studio dans le futur ?

Nous avons encore beaucoup d’idées de dispositifs de vidéo-projection en tête, et le studio veut continuer l’hybridation entre des mécanismes anciens et de nouvelles technologies. La conception du mécanisme des Serinettes nous a inspirés d’autres formes verticales et à plus grande échelle, en y intégrant également d’autres effets avec des liquides, et en les rendant accessibles lors de concerts.

Jean-Marc Méléard
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