Portrait de Maker #200 : Mathilde Berchon

Mathilde Berchon est consultante et YouTubeuse, fondatrice de FuturFab, structure dédiée à l’accompagnement des makers professionnels en impression 3D. Depuis plus de quinze ans, elle œuvre pour la diffusion de la culture maker, la création de projets entrepreneuriaux et l’optimisation de produits et services imprimés en 3D. Elle anime également des contenus pédagogiques sur sa chaîne YouTube et a récemment lancé FabFox, un outil gratuit pour estimer le prix de ses créations. Son prochain livre, Vivre de l’impression 3D, paraîtra à l’automne aux Éditions Eyrolles.

Qui es-tu ?

Hello, moi c’est Mathilde Berchon. YouTubeuse et consultante spécialisée dans l’entrepreneuriat de l’impression 3D, avec mon projet FuturFab. En deux mots, j’aide les makers qui veulent lancer leur entreprise et vivre de leur passion.

Peux-tu nous raconter ton parcours et ce qui t’a amenée à travailler dans l’impression 3D et l’univers maker ?

Depuis l’adolescence, à écouter Janis Joplin et Jefferson Airplane, j’avais un grand rêve : partir vivre à San Francisco. Après mes études, j’ai réussi à m’envoler là-bas. On était en 2010, en plein dans l’explosion du mouvement maker. Je me suis retrouvée à la Maker Faire de San Matéo, à pousser la porte de Noisebridge, le hackerspace près de chez moi… Bref, à complètement tomber amoureuse de ce mouvement et de ses valeurs de non-jugement, qui encouragent à se lancer, à créer et à être ensemble.

Cette envie de partager la culture maker à de nouveaux entrants m’a amenée à écrire plusieurs livres sur l’impression 3D et à me mettre à mon compte pour travailler avec les acteurs de la fabrication numérique.

Cela fait déjà quinze ans, et je ne m’en lasse pas !

Ton dernier livre « Le grand livre de l’impression 3D » est paru en 2020. Depuis, le monde de l’impression 3D a beaucoup évolué. Qu’est-ce qui a changé pour toi dans ta pratique et tes projets depuis cette publication ?

Je dirais qu’on entre enfin dans la fameuse démocratisation de l’impression 3D, poussée par la réponse au Covid, puis par l’arrivée de nouveaux acteurs comme Bambu Lab. Le creux de la vague est terminé, et une nouvelle génération d’utilisatrices et d’utilisateurs émerge, portée par l’envie d’entreprendre et d’expérimenter, notamment avec l’IA.

Depuis 2020, j’ai eu la chance de coordonner le BASF Forward AM Innovation Award, pour repérer les startups émergentes de l’impression 3D partout dans le monde. Puis de passer deux ans auprès des 100 Manufactures de Proximité, tiers-lieux de production locale répartis sur tout le territoire.

Bref, que ce soit du côté de l’industrie ou des fablabs et espaces du faire, l’impression 3D est synonyme d’entrepreneuriat et d’invention des objets de demain. Je m’intéresse tout spécialement à la manière de faire émerger les projets et celles et ceux qui les portent.

Peux-tu nous présenter FuturFab, ce que tu y développes aujourd’hui et pour quel type de public ou de projets tes accompagnements sont pensés ?

FuturFab (pour “Futur de la Fabrication”) est une entreprise entièrement dédiée à accompagner les makers qui veulent devenir pros.

Certains se sont équipés d’une imprimante 3D et souhaitent développer un revenu complémentaire (souvent entre 500 et 1000 €), à côté de leur métier. D’autres veulent lancer une activité pérenne avec un modèle économique rentable.

J’ai pu accompagner des projets aussi bien de création et vente de produits imprimés en 3D, de commercialisation de fichiers 3D que de mise en place de services d’impression 3D (prestations de fabrication, animation d’ateliers…).

Depuis deux ans, tu te concentres sur “entreprendre avec l’impression 3D”. Qu’est-ce qui t’a poussée à orienter ton activité dans cette direction ?

C’est un sujet dont on ne parle pas assez alors qu’on entre dans une ère où les opportunités n’ont jamais été aussi nombreuses, pour les utilisatrices et utilisateurs d’imprimantes 3D et de machines à commande numérique.

Pour toutes celles et ceux qui veulent se lancer, c’est une façon passionnante de gagner en indépendance et de proposer des services et des créations dans toutes sortes d’univers (pièces automobiles, cosplay, vélo, chaînes de production…).

Les makers-entrepreneurs sont souvent très bons sur les aspects techniques mais moins sur la commercialisation de leur projet. C’est là que mon accompagnement est le plus demandé, pour faciliter ce passage de maker à maker pro, en essayant de ne surtout pas perdre l’essence même de la démarche de partage et de créativité.

Ta chaîne YouTube FuturFab a beaucoup grandi. Qu’est-ce que ce format t’a permis de transmettre et comment complète-t-elle ton activité ?

Je mets beaucoup de cœur (et de sueur ^^) dans ma petite chaîne YouTube FuturFab. Mon but est de transmettre des contenus utiles pour les entrepreneurs de l’impression 3D.

Le format vidéo est vraiment chouette car il permet de présenter un sujet avec précision (IA et impression 3D, idées de business à lancer), de mener des interviews sur le terrain (avec les Frères Poulain, ou dans la boutique Etsy d’un créateur de figurines) et d’échanger avec les personnes qui commentent.

Peux‑tu nous présenter un projet récent dont tu es particulièrement fière et partager les enseignements que tu en as tirés ?

Je suis super fière du projet FabFox, que je viens de lancer, développé en équipe. C’est un calculateur gratuit qui permet d’estimer le prix de ses produits ou services d’impression 3D.

Tout est parti de commentaires sur ma chaîne YouTube qui voulaient savoir comment bien définir ses prix. Ça a donné lieu à une première version du calculateur, utilisée par plusieurs centaines de makers chaque mois.

Nous venons d’ajouter l’impression résine et les petites séries, suite aux conseils des utilisateurs. C’est un plaisir d’essayer de créer un outil pratique et qui correspond aux besoins. Hâte de voir la suite de cet outil : ce ne sont pas les idées qui manquent !

Pour toi, quels sont les plus grands défis que rencontrent aujourd’hui les entrepreneurs qui se lancent dans l’impression 3D ? Et quelles opportunités vois‑tu émerger ?

Le défi principal est d’identifier un modèle économique qui fonctionne. Ce n’est pas parce qu’on imprime une pièce qu’elle va trouver preneur. Il faut prendre le temps d’identifier un secteur rentable, où l’impression 3D est un vrai plus.

Le deuxième défi est bien sûr celui de la concurrence mondiale. Les barrières à l’entrée n’ont jamais été aussi basses. Il est facile de s’équiper d’imprimantes de qualité et de mettre en vente ses premiers produits sur une place de marché comme Etsy. C’est tout l’art de trouver son positionnement unique.

J’invite aussi toujours les makers qui ont envie de rencontrer du monde à pousser la porte du fablab à côté de chez eux. J’ai rejoint cette année le conseil collégial du RFFLabs, le réseau français des fablabs et espaces du faire, qui réunit des centaines de lieux partout en France et donne vie à des centaines de projets, entrepreneuriaux ou non.

Avec ton expérience, quels conseils pratiques donnerais‑tu à quelqu’un qui veut se lancer dans un projet innovant en impression 3D ?

Dans un sens, l’impression 3D ne peut pas être le seul point de départ du projet d’entreprise. Ce qui compte, c’est avant tout d’identifier le besoin d’un groupe d’utilisateurs et d’y répondre, peu importe les outils utilisés.

Il faut donc bien identifier les qualités et les particularités de l’impression 3D pour s’appuyer sur ses forces. En concevant vos pièces en suivant les bonnes pratiques de DfAM (Design for Additive Manufacturing), vous pouvez obtenir des objets innovants et qualitatifs.

Enfin, je dirais qu’il faut ensuite penser en tests et volumes. Les outils d’IA d’aujourd’hui permettent de générer des dizaines de variations d’une pièce, que vous pouvez ensuite mettre en vente sur une place de marché. Vous testez ainsi rapidement ce qui plaît ou non, pour itérer et répéter jusqu’à constituer un catalogue à succès.

Quels projets ou initiatives prévois‑tu pour FuturFab dans les prochains mois ou années, et qu’aimerais‑tu explorer ou développer prochainement dans l’impression 3D ?

Je finis actuellement l’écriture de mon prochain livre : “Vivre de l’impression 3D” qui paraîtra à l’automne, aux Editions Eyrolles.

En parallèle, je continue de publier des vidéos sur la chaîne YouTube. Et la newsletter “L’Agenda des Makers Pro”, qui partage une fois par mois les appels à projets et événements pour les entrepreneurs de la fabrication numérique.

D’autres projets arrivent, notamment un programme d’accompagnement pour les entrepreneurs de l’impression 3D. C’est un peu trop tôt pour en parler donc j’ai mis en place une liste d’attente pour tenir au courant les makers intéressés.

Les liens :

https://www.futurfab.fr/

https://fabfox.fr

https://www.youtube.com/futurfab

https://tally.so/r/1AvlKg

Jean-Marc Méléard
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