Portrait de Maker #160 : Béatrice Lartigue

Béatrice Lartigue est une artiste visuelle française spécialisée dans les nouveaux médias. Membre du Collectif Lab212 depuis 2008, elle crée des œuvres à l’intersection de l’art, de la science et de la technologie. En tant qu’enseignante en design numérique, elle sensibilise à l’impact environnemental de la technologie à travers des installations immersives. Actuellement engagée avec avec Nicolas Guichard dans le projet Ombres Blanches sélectionné pour le programme européen LINA, elle explore les impacts de la crise climatique sur nos modes de vie. De plus, elle travaille sur un prototype innovant pour représenter l’évolution de la pollution atmosphérique depuis la révolution industrielle.

Qui es-tu ?

Je suis artiste et je travaille dans le champ des nouveaux médias depuis 2008. Je fais partie du Collectif Lab212, fondé avec des amis à Paris, suite à une formation commune à l’École des Gobelins.

La transmission est une partie importante de mon travail (sous différentes formes : conférences, ateliers, collaborations…), c’est pourquoi, depuis 2010, j’enseigne également le design numérique au sein de différents établissements artistiques (écoles, musées…).

Peux-tu nous raconter ton parcours et comment tu es devenue artiste visuelle ? Comment ce parcours a-t-il influencé ton approche artistique et qu’est-ce qui t’a motivée à te lancer dans des projets à l’intersection de l’art, de la science et de la technologie ?

J’ai suivi un BTS en Design d’Espace à Toulouse, puis un master en Design d’Interaction à Paris. J’ai toujours été intéressée par la création au sens large (dessin, bricolage…), même si ma formation en nouveaux médias m’a recentrée sur une pratique plus liée à l’ordinateur (modélisation, développement…).

Lors de mes études à Paris, et notamment de mon projet de diplôme (une table interactive dédiée aux apprentissages fondamentaux autour du conte en maternelle), j’ai eu l’occasion de travailler en collaboration avec des personnes de profils différents du mien.

Aujourd’hui, j’aborde les projets avec la même curiosité et je suis heureuse de pouvoir travailler avec des personnes qui ont une expertise dans leur domaine spécifique (Mathieu Cabanes en lumière, Chapelier Fou en musique…). J’aime tisser des liens entre les disciplines et les pratiques.

Mon appétence pour les projets interdisciplinaires tient également au fait que j’ai un intérêt pour les projets « hors écran », qui investissent l’espace d’exposition, la rue…

Comment matérialises-tu des événements physiques invisibles dans tes œuvres, et quelles techniques ou technologies utilises-tu pour créer ces expériences immersives ?

C’est une vaste question !

Mais globalement, le fait de travailler sur différents champs d’expression comme la musique, l’image, la lumière… permet de créer des analogies entre ces disciplines. Je travaille généralement à partir d’un souvenir, d’une émotion (des rayons du soleil entre les ramures des arbres lors d’une promenade en forêt…).

Ensuite, les techniques varient selon les besoins, mais j’utilise souvent une approche de détournement (utiliser un objet hors de son contexte d’usage « normal »), et selon les projets, de l’électronique – généralement Arduino – que je réalise avec Nicolas Guichard du Lab212.

Certains projets font appel à des technologies plus proches de la 3D ou du web, par exemple, auquel cas nous faisons aussi appel à des collaborations externes selon les besoins.

Quelle est ta perspective critique sur l’utilisation de la technologie dans un contexte environnemental fragile et comment cela influence-t-il ton travail et les messages que tu souhaites transmettre ?

Je suis une artiste qui utilise des objets techniques pour questionner l’impact de ces technologies sur notre environnement au quotidien, ce qui est donc assez schizophrène.

Pour donner un exemple concret, je me pose souvent la question : est-ce que je peux produire la même œuvre sans numérique ? Si oui, alors mieux vaut la réaliser sans (le numérique nécessite une telle complexité de développement, de maintenance dans le temps, et des besoins en matériel, en énergie, qu’il me semble important de questionner la nécessité de sa présence).

Le projet Ombres Blanches révèle par exemple les ondes issues de nos terminaux mobiles, à travers un brouillard d’eau, afin de questionner nos usages quotidiens et la connectivité permanente dans laquelle nous sommes plongés. Ce projet a nécessité un long temps de recherche, mais également de prototypage, et nous avons pu collaborer avec un laboratoire de recherche indépendant, EXEM, dont l’enjeu est de développer des capteurs permettant une analyse en temps réel de ces ondes de radiofréquences.

Comment le public réagit-il généralement à tes installations et quels effets espères-tu susciter chez les visiteurs en les plongeant dans ces univers technologiques et environnementaux ?

En général, les retours sont plutôt positifs. Les projets sur lesquels je travaille proposent une double lecture, permettant ainsi au jeune public comme aux adultes d’y prendre part. Ils ne nécessitent pas de codes particuliers, ce qui permet également aux personnes âgées ou aux publics dits « sensibles » (handicap, etc.) de participer. C’est un point très important de mon travail d’avoir une approche collective.

Concernant les réactions, c’est amusant de voir parfois les détournements ou le fait que l’on parle souvent d’un moment de détente suite à une exposition, comme une sorte de « médiation ».

Parmi tous tes projets, lequel te rend la plus fière et pourquoi ?

Ce n’est pas évident de choisir un projet, mais je dirais peut-être « Portée », conçu et réalisé avec Cyril Diagne du Lab212. C’est un projet à la croisée de la musique et de l’architecture, et je crois que c’est la première installation à la fois monumentale et minimaliste que j’ai réalisée, malgré des moyens financiers limités. Elle me semble plutôt intemporelle, ce qui n’est pas toujours évident avec ce genre de dispositifs…

La 8e édition du Nantes Maker Campus, à laquelle tu as participé en présentant l’œuvre Cyclopes, vient de se clôturer. Quel est ton retour d’expérience ?

Un excellent retour, riche en belles rencontres. J’étais novice en termes d’événements Maker, tant en tant qu’exposante que visiteuse, et je suis agréablement surprise.

J’ai eu l’occasion de participer à des salons typiquement audiovisuels avec un public assez geek, mais je ne m’attendais pas à une programmation aussi éclectique (de tous âges, tous médiums confondus), et à un public familial également présent, ce qui n’est pas toujours évident pour ce type d’événement. J’y reviendrais avec grand plaisir 😉

Que représente pour toi le mouvement Maker ?

Vaste question également. Le mouvement Maker existe et se matérialise sous différentes formes, événements, etc. Mais je dirais que c’est avant tout un état d’esprit : celui du plaisir de présenter ce que l’on fait aux autres, sans jugement ni attentes particulières.

Finalement, cet esprit est présent dans diverses disciplines, mais le point commun est évidemment de « faire ». Car c’est en faisant que l’on doit composer avec la réalité, ce qui nous rend plus humbles, sachant ce que défaire et refaire implique !

Sur quoi travailles-tu en ce moment et quelles sont tes prochaines actualités ?

Nous venons d’être sélectionnés avec Nicolas Guichard pour le projet Ombres Blanches dans le cadre d’un appel à projets européen appelé LINA – Learn, Interact and Network in Architecture, visant à re-questionner nos modes de vie à l’heure de la crise climatique.

Enfin, nous progressons sur le prototype d’une nouvelle installation dont l’enjeu est de représenter l’évolution de la pollution atmosphérique depuis la révolution industrielle jusqu’à nos jours. Work-in-Progress !

Jean-Marc Méléard
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